samedi 30 octobre 2010

Le feuilleton « LA POUPÉE SANGLANTE » : une grande réussite de la télé des Trente Glorieuses inspirée du roman de Gaston Leroux ! (Les Trente Glorieuses - Segment 1).



Le coffret VHS de l'intégrale du feuilleton
J’inaugure aujourd’hui avec La poupée sanglante la section du blog consacrée aux Trente Glorieuses, cette période bénie de la France de l’espoir et de l’abondance où il faisait bon vivre. Commençant dans les cendres de la deuxième guerre mondiale elle se termina à la fin des années 70 avec les conséquences néfastes du choc pétrolier de 1973 (j’y reviendrai dans le détail dans un prochain long article qui se proposera de faire l’état des lieux de la France d’hier et d’aujourd’hui - à lire dans Les Trente Glorieuses, segment 4 -). Pour illustrer cette période que je regrette (apparemment je ne suis pas le seul) j’en passerai donc par la critique d’œuvres télévisuelles de fiction qui ont marqué les téléspectateurs puis traversé le temps via le support VHS (puis DVD dans la plupart des cas - à l’exception du feuilleton que je m’apprête à chroniquer ici !). Pour d’autres segments de cette rubrique j’en passerai aussi notamment par des documents d’actualités d’époque trouvés sur le Net en espérant la moisson copieuse (personnellement je ne possède hélas pas le matériel informatique permettant de convertir en numérique des extraits des documents vidéos dont je dispose). En tout cas, pour ceux que j’aurai trouvés et que je publierai, puissent-ils par leur magie éventuelle alimenter quelque peu notre nostalgie de cette France glorieuse, et nous faire oublier quelques temps notre présent affligeant et décadent de la France du 21ème siècle. 

La poupée sanglante, donc. Alors que la nouvelle génération des supports numériques pointe son nez via le Blu-ray et que la vieille VHS a définitivement cassé sa pipe on se demande encore pour quelle raison l'un des plus mythiques feuilletons du patrimoine audiovisuel français n'existe toujours pas en DVD. La poupée sanglante, réalisé par Robert Scipion et Marcel Cravenne en 1976 et diffusé à plusieurs reprises sur le service public avant de rejoindre les archives du site de l'INA (qui le propose d’ailleurs en téléchargement pour une somme modeste), a marqué durablement des générations de spectateurs. J'espérais trouver sa réédition dans l'excellent catalogue de la société Koba films/Mémoire de la télévision qui édite en DVD de nombreux succès de la télévision des années 60 et 70 (tels L'âge heureux, Janique aimée, Comment ne pas épouser un milliardaire, La demoiselle d'Avignon, Les beaux messieurs de Bois-doré ou L'île aux trente cercueils). Malheureusement ce n’est toujours pas le cas. Qu’attendent-ils donc pour l’éditer ? Qu’on soit tous morts ? Cette belle création des années 70 est l’adaptation inventive des romans La poupée sanglante et La machine à assassiner, tous deux publiés en 1923 par Gaston LerouxCe fantasque écrivain du début du 20ème siècle, d’abord chroniqueur judiciaire pour le quotidien Le matin, puis feuilletoniste et romancier rendu célèbre par ses fameux ouvrages policiers mettant notamment en scène le détective Rouletabille (Le mystère de la chambre jaune, Le parfum de la dame en noir) atteint certainement le sommet de son art avec cette histoire cruelle aux accents gothiques. Le feuilleton télévisé lui rendit fièrement hommage, entretenant un ténébreux suspense au cœur d'une histoire paradoxalement  horrifique et romantique. Les 6 épisodes de 52 minutes narraient le destin tragique du hideux poète et relieur de l’île Saint Louis Benedict Masson condamné injustement à mort puis exécuté, et dont le cerveau était récupéré par le chirurgien Jacques Quentin et le génial horloger Mr Gaillard afin d'être greffé sur leur création commune, l'automate Gabriel doté d'une beauté renversante. Benedict Masson, interprété magistralement par l'étrange acteur Jean-Paul Zehnacker, revivait donc grâce au corps de l'automate et ne se résignait pas à oublier la fille de l'horloger Christine (incarnée par l'actrice Yolande Folliot) dont il était secrètement amoureux malgré qu’elle fut promise au chirurgien apprenti-sorcier. Il ne renonçait pas non plus à se venger des véritables coupables des meurtres dont on l'avait accusé et qui l'avaient conduit à la guillotine.


DISTRIBUTION

Mr Gaillard (Julien Verdier)

Christine Gaillard, sa fille (Yolande Folliot)

Le chirurgien Jacques Quentin (Dominique Leverd)

L’automate Gabriel (Ludwig Gaum)

La Marquise de Coulteray (Édith Scob)

Le Marquis de Coulteray (Georges Wod)

Le poète et relieur Benedict Masson (Jean-Paul Zehnacker)

Christine Gaillard (Yolande Folliot) et l’automate Gabriel (Ludwig Gaum)


Gaston Leroux
L'apparition du Marquis et de la Marquise de Coulteray et leurs mœurs plus que bizarres, le visage glacial, la force Herculéenne et la démarche curieuse de l'automate Gabriel, la scène où Benedict Masson sur le pas de sa porte montre ses mains pleines de sang tout en ayant un rictus d'effroi (voir l’extrait vidéo en fin d'article) : autant de moments vertigineux qui restèrent gravés dans mon esprit de jeune adolescent lorsque je les découvris lors de leur première diffusion sur la deuxième chaîne de l'ORTF (le premier épisode débutant le soir du 17 septembre 1976 sur Antenne 2). Jamais de scènes violentes ici, mais juste une atmosphère étrange entretenant un jouissif malaise chez le spectateur. 

On peut penser que le farouche militant abolitionniste Gaston Leroux trouva sans doute le moyen d’agacer les partisans de la peine capitale avec cette géniale histoire allégorique d’un homme tué par la société mais revivant malgré tout pour finalement aimer, puis s’oublier. Ce feuilleton reste l’un des grands exemples de ce que la télévision de qualité des années 60 et 70 était capable de faire malgré des moyens financiers limités. Loin de la caricature froide qu’est devenue la télé actuelle, gavée d’argent, de médiocrité, et de vide.

       Yolande Folliot à la une de Télé 7 jours lors de la première diffusion (à partir du 17 septembre 1976)


Résumé au début du 4ème épisode (très représentatif de l'ambiance générale)


4 commentaires:

billou a dit…

super chronique pour LE feuilleton de mon enfance;j'avais neuf ans quand je l'ai decouvert,et quand le coffret vhs(certes....)est sorti,je n'en croyais pas mes yeux!!!il est bien evident que je me le suis procure d'autant plus que ce coffret est actuellement introuvable...C'est vrai qu'une edition dvd -remasterisee,pas comme l'horrible edition de L'ILE AUX TRENTE CERCUEILS-serait bienvenue!

Christian Larcheron a dit…

Merci pour les compliments Billou et bienvenue sur mon blog. Oui ce feuilleton en a marqué plus d'un ! J'ai raté le coffret VHS à l'époque, et je comprends ta joie de l'avoir trouvé. En même temps, visuellement parlant, la VHS c'était pas bien fameux... C'est vrai que les éditions actuelles sur DVD de ces feuilletons mythiques sont un peu décevantes coté technique ("L’île aux trente cercueils", mais aussi "Les brigades du tigres", etc) mais y'a-t-il moyen de faire mieux ? Avec le matériel original dont les éditeurs disposent, est-ce qu'il est possible de faire de la remastérisation, compte tenu du fait que les sources sont télévisuelles, et non cinématographiques ? Je ne sais pas. En tout cas c'est mieux que rien. Vivement l'édition de ce feuilleton en DVD ou Blu-ray. Merci de ta visite, n’hésite pas à consulter d'autres chroniques ici, et à revenir souvent.

Bernard a dit…

Soyez heureux, c'est enfin fait. C'est dans la collection "les inédits fantastiques", INA. Dans la même collection: La brigade des maléfices, et le voyageur des siècles entre autres.

Christian Larcheron a dit…

Oui Bernard, merci de l'info. Je suis au courant car je guettais régulièrement les sorties DVD de feuilletons anciens sur les sites de ventes. J'ai prévu de m'acheter "La brigade des maléfices", avec grande joie car c'est un autre feuilleton de qualité que j'ai suivi à l'époque. Quant au "Voyageur des siècles", je ne le connais pas mais ai bien envie de me laisser tenter.

Il faudra que je fasse un appendice sur cette chronique, en mentionnant notamment l’existence du DVD (et en dire quelques mots).