dimanche 10 juillet 2011

Le groupe indépendant Slowdive : flamboyant, transcendant, hypnotique, cotonneux, éthéré, fulgurant. Et révolutionnaire dans son traitement des sonorités électriques.



En ces jours ensoleillés du mois de juillet 2011 (35° à l'ombre sur la terrasse en début de mois, quand même !), la tentation est grande pour ceux qui ont la chance d'être en vacances de se laisser glisser dans la « farniente » et la pratique du bras d'honneur impétueux à tout ce qui nous fatigue, nous stresse, nous entrave et nous gâche la vie : les difficultés intrinsèques d'être au monde dans une société humaine qui perd la boule, le poids des fâcheux et des fâcheuses (quels qu’ils soient) et, en règle générale, de tous les empêcheurs de tourner en rond. Dans cet état d'esprit trop rare, il est conseillé de goûter chaque seconde qui passe et de s'entourer des êtres, des objets, des livres, des films ou des musiques qui aident à s'envoler. Pour ma part le choix est vaste mais ces derniers jours un repli stratégique fut sans ambages opéré en direction des enregistrements du groupe anglais Slowdive (en cessation d'activités depuis 1995). 

Imaginez une musique surnaturelle qui serait le juste milieu entre les expérimentations sonores de My bloody valentine et la grâce aérienne de Cocteau twins, avec un zeste de poésie déjantée à la Syd Barrett. Formé en 1989, Slowdive fut créateur de chansons hypnotiques et rêveuses, pleines d’effets d’échos et de réverbérations, agrémentées de chants planants et légèrement désabusés bien que somptueux. De fait, une sorte de vaste trip psychédélique multicolore qui aurait été perverti en cours de route par la grisaille bienvenue d’un Joy division sous acide. La présence du charismatique Neil Halstead à la guitare et au chant ne fut pas un des moindres atouts de cette formation, bien secondé par la voix aérienne de la chanteuse Rachel Goswell. Ces deux musiciens étaient de fidèles amis d’enfance, et partageaient les mêmes goûts en matière de pop et de rock (ceux cités plus haut, ainsi que les Smiths et Siouxie and the banshees).

JUST FOR A DAY, 1er ALBUM (1991)
Ils se font connaitre en 1990 (accompagnés de Christian Savill à la guitare, Nick Chaplin à la basse et Simon Scott à la batterie) avec un premier single chez Creation comprenant deux titres emblématiques : Slowdive au titre éponyme qui définit d’entrée de jeu la démarche et le son fascinants du combo, ainsi que l’intense Avalyn décliné en deux versions, l’une courte et l’autre s’approchant des dix minutes. Les principales revues rock d’Angleterre réagirent positivement et signalèrent sans attendre les débuts prometteurs de Slowdive, qui sortit bientôt un autre single trois titres (le poignant et lyrique Morningrise, puis She calls et le planant Losing today). Suivirent les quatre titres de l’EP Holding our breath proposant une reprise du Golden hair de Syd Barrett ainsi que le morceau Shine, l’intrigant Albatross et le premier hit du groupe poétiquement nommé Catch the breeze (Attrapez le vent) qu’on retrouvera en troisième position sur la face A de leur premier album Just for a day. A noter qu’en 2010, ces titres rares furent regroupés sur un disque bonus lors de la réédition en CD de l’album remasterisé. Just for a day sortit en 1991 dans un climat musical anglais très propice au groupe. Il fit sensation et se classa rapidement au top 40 des meilleurs LP, ce qui entraina une longue tournée british mais aussi américaine en compagnie du groupe Ride. Avec le recul on peut cependant remarquer qu’à ce stade Slowdive n’avait pas encore atteint totalement la maîtrise de son style si caractéristique. Il se dégage de Just for a day une impression de fraîcheur toute juvénile et des sensations planantes psychédéliques qui ne sont pas encore idéalement exploitées par les musiciens. Il faudra pour cela attendre Souvlaki, le deuxième album, celui de la consécration artistique. 

SLOWDIVE, PREMIER SINGLE (1990)

ALBATROSS (EP HOLDING OUR BREATH - 1991)

CATCH THE BREEZE (ALBUM JUST FOR A DAY - 1991)


SOUVLAKI, 2ème ALBUM (1993)
Souvlaki constitua en effet l’apogée discographique de Slowdive, en cette année 1993 où les nombreux concerts et le travail intense en studio finissaient de porter leurs fruits. L’album offrait des chansons parfaitement équilibrées et une formule musicale singulière et mâture, se dégageant des influences trop marquées des débuts. Particulièrement mélodique et impressionnant dans son traitement du son, Souvlaki commençait avec une chanson pop inespérée, l’azuréenne Alison, puis poursuivait avec les immaculées Machine gun et 40 days, pour finir tranquillement sa première face avec les charmantes Sing et Here she comes. La deuxième face du LP démarrait en trombe avec les 6 minutes de l’impressionnant et fantasmagorique Souvlaki space station, morceau idéal au son d’une ampleur peu commune, gavé de réverbérations, de saturations et d’échos transcendants. Le lyrique When the sun hits constituait une logique suite au morceau précédent avant l’un des autres grands moments du disque : Melon yellow, l’une de mes compositions préférées de Slowdive qu’on peut aisément écouter en boucle pendant des heures. Avec ce disque à la pochette somptueuse, Slowdive parvenait à proposer une autre perception du son que celle communément observée dans une disque de rock lambda. Le travail de distorsions et d’échos y est tel qu’on a l’impression d’un son en 3D. L’impression de visualiser les sonorités enveloppantes qui s’élèvent dans l’air, et les couleurs du spectre sonore, sans l’aide d’aucunes drogues, il est utile de le préciser ! Un son privilégiant l’harmonie, contrairement au Loveless de My bloody valentine (lui aussi révolutionnaire dans sa conception novatrice mais que beaucoup de gens - dont moi-même - trouvent parfois difficile l'écoute). A noter qu’en 2010, l’album fut lui aussi réédité en CD remasterisé, accompagné d’un deuxième disque de bonus comprenant tout le matériel qui sortit à l’époque, lors de la commercialisation de Souvlaki, à savoir : les tires présents dans les EP Outside your room et 5EP (les inédits Moussaka chaos, In mind, Good day sunshine, Missing you, Country rain, In mind bandulu/reload).

L’IDÉAL SOUVLAKI SPACE STATION (ALBUM SOUVLAKI - 1993)

L'ADDICTIF MELLON YELLOW (ALBUM SOUVLAKI - 1993)


L’AZURÉEN ALISON (ALBUM SOUVLAKI - 1993)


WHEN THE SUN HITS (ALBUM SOUVLAKI - 1993)


PYGMALION, 3ème ET DERNIER ALBUM (1995)
Désireux de se renouveler sans trop changer leur paradigme initial, Slowdive attend 1995 pour publier son ultime opus Pygmalion aux climats plus calmes mais toujours étranges (les magnifiques Ruti et Crazy for you) et dont le joyau central reste sans conteste la pièce Blue skied an’ clear longue de près de 7 minutes. On note toutefois une ambiance générale s’éloignant quelque peu des climats psychédéliques fougueux et saturés d’échos qui firent le succès des deux précédents albums. Ce changement est dû à la volonté de Neil Halstead de faire évoluer le groupe vers quelques chose de plus folk. Le chanteur et guitariste prit totalement les rênes de la formation, parvenant même à éclipser quelque peu Goswell. Cette prise en main ne fut pas du goût de tout le monde, à commencer par la maison de disque qui vit d’un mauvais œil le changement opéré par Halstead. Pygmalion reçu un accueil en-deçà de celui provoqué par Souvlaki. Les ventes furent stagnantes, alors que le contrat avec la maison de disque arrivait à son terme sans que les responsables de Creation aient le désir d’apporter une suite à leur collaboration avec le groupe. L’arrivée de percussions électroniques voulues par Halstead entraîna des désaccords musicaux entre les musiciens, zizanie qui fut à l’origine de la défection du batteur Simon Scott (bientôt remplacé par Ian McCutcheon). C’est en compagnie de ce dernier que Neil décida finalement de clore l’aventure Slowdive afin d’entamer celle de Mojave 3, délaissant hélas avec cette nouvelle formation tout ce qui faisait l’originalité du groupe précédent (son spatial ample et psychédélique, aux guitares saturées mais maîtrisées, voix magistralement oniriques), au profit d’une musique country spirituelle néanmoins assez banale. A noter que, comme les deux précédents opus, Pygmalion fit l’objet d’une magnifique remasterisation en 2010, accompagnée d’un CD bonus proposant des démos inédites.

BLUE SKIED AN' CLEAR (ALBUM PYGMALION - 1995)


SLOWDIVE (NEIL HALSTEAD, DEUXIÈME EN PARTANT DE LA GAUCHE)


Réécouter Slowdive aujourd’hui reste un plaisir qu'on aurait tort de bouder. Tous les morceaux enregistrés par la formation ont gardé leur charme, leur son révolutionnaire, et leur pertinence. Ils n’en finissent pas de déployer à chaque nouvelle écoute leur fascinante beauté et tout leur immense pouvoir d’évocation et de transcendance. Avec les plus beaux titres de Slowdive nous sommes vraiment transportés dans une autre réalité flamboyante et cotonneuse, probablement dangereuse mais définitivement indispensable. Etes-vous prêts pour le voyage ? 


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