vendredi 10 juillet 2015

La Dream pop miraculeuse de Slowdive : flamboyante, transcendante, hypnotique, cotonneuse, éthérée, fulgurante. Et révolutionnaire dans son traitement des sonorités électriques.



En ces jours ensoleillés du mois de juillet 2015 (35° à l'ombre sur la terrasse en début de mois, quand même !), la tentation est grande pour ceux qui ont la chance d'être en vacances de se laisser glisser dans la « farniente » et la pratique du bras d'honneur impétueux à tout ce qui nous fatigue, nous stresse, nous entrave et nous gâche la vie : les difficultés intrinsèques d'être au monde dans une société humaine qui perd la boule, le poids des fâcheux et des fâcheuses (quels qu’ils soient) et, en règle générale, de tous les empêcheurs de tourner en rond. Dans ce cas il est conseillé de goûter chaque seconde qui passe en s'entourant de livres, œuvres filmées, musiques, enfin tout ce qui aide à s'envoler. Pour ma part le choix est vaste mais ces derniers jours un repli stratégique fut sans ambages opéré en direction des enregistrements du groupe anglais Slowdive. Formé en 1989, il fut créateur de chansons Dream pop hypnotiques et rêveuses, pleines d’effets d’échos et de réverbérations, agrémentées de chants planants et légèrement désabusés bien que somptueux. De fait, une sorte de vaste trip psychédélique multicolore qui aurait été nuancé en cours de route par la grisaille bienvenue d’un Joy division atrabilaire. La présence du charismatique Neil Halstead à la guitare et au chant ne fut pas un des moindres atouts de cette formation, bien secondé par la voix aérienne de la chanteuse Rachel Goswell. Ces deux musiciens étaient de fidèles amis d’enfance, et partageaient les mêmes goûts en matière de musique pop.

JUST FOR A DAY, 1er ALBUM (1991)
Ils se font connaitre en 1990 (accompagnés de Christian Savill à la guitare, Nick Chaplin à la basse et Simon Scott à la batterie) avec un premier single chez Creation comprenant deux titres emblématiques : Slowdive au titre éponyme qui définit d’entrée de jeu la démarche et le son fascinants du combo, ainsi que l’intense Avalyn décliné en deux versions, l’une courte et l’autre s’approchant des dix minutes. Les principales revues musicales d’Angleterre réagirent positivement et signalèrent sans attendre les débuts prometteurs de Slowdive, qui sortit bientôt un autre single trois titres (le poignant et lyrique Morningrise, puis She calls et le planant Losing today). Suivirent les quatre titres de l’EP Holding our breath proposant une reprise du Golden hair de Syd Barrett ainsi que le morceau Shine, l’intrigant Albatross et le premier hit du groupe poétiquement nommé Catch the breeze (Attrapez le vent) qu’on retrouvera en troisième position sur la face A de leur premier album Just for a day. A noter qu’en 2010, ces titres rares furent regroupés sur un disque bonus lors de la réédition en CD de l’album remasterisé. Just for a day sortit en 1991 dans un climat musical anglais très propice au groupe. Il fit sensation et se classa rapidement au top 40 des meilleurs LP, ce qui entraina une longue tournée british mais aussi américaine en compagnie du groupe Ride. Avec le recul on peut cependant remarquer qu’à ce stade Slowdive n’avait pas encore atteint totalement la maîtrise de son style si caractéristique. Il se dégage de Just for a day une impression de fraîcheur toute juvénile et des sensations planantes bariolées qui ne sont pas encore idéalement exploitées par les musiciens. Il faudra pour cela attendre Souvlaki, le deuxième album, celui de la consécration artistique. 

SLOWDIVE, PREMIER SINGLE (1990)

ALBATROSS (EP HOLDING OUR BREATH - 1991)

CATCH THE BREEZE (ALBUM JUST FOR A DAY - 1991)


SOUVLAKI, 2ème ALBUM (1993)
Souvlaki constitua en effet l’apogée discographique de Slowdive, en cette année 1993 où les nombreux concerts et le travail intense en studio finissaient de porter leurs fruits. L’album offrait des chansons parfaitement équilibrées et une formule musicale singulière et mâture, se dégageant des influences trop marquées des débuts. Particulièrement mélodique, impressionnant dans le traitement d'un son apparaissant presque surnaturel, Souvlaki commençait avec l’azuréenne Alison, puis poursuivait avec les immaculées Machine gun et 40 days, pour finir tranquillement sa première face avec les charmantes Sing et Here she comes. La deuxième face du vinyle démarrait en trombe avec les 6 minutes du fantasmagorique Souvlaki space station, morceau idéal au son d’une ampleur peu commune, gavé de réverbérations, de saturations et d’échos transcendants. Le lyrique When the sun hits constituait une logique suite au morceau précédent avant l’un des autres grands moments du disque : Melon yellow, l’une de mes compositions préférées de Slowdive qu’on peut aisément écouter en boucle pendant des heures. Avec ce disque à la pochette somptueuse, Slowdive parvenait à proposer une autre perception du son que celle communément observée dans une disque de musique moderne lambda. Le travail de distorsions et d’échos y est tel qu’on a l’impression d’un son en 3D. L’impression de visualiser les sonorités enveloppantes qui s’élèvent dans l’air, et les couleurs du spectre sonore, sans l’aide d’aucunes drogues, il est utile de le préciser ! Un son privilégiant l’harmonie, contrairement au Shoegazing du Loveless de My bloody valentine (lui aussi révolutionnaire dans sa conception novatrice mais que l'on peut trouver un peu malaisant à l'écoute). A noter qu’en 2010, l’album fut lui aussi réédité en CD remasterisé, accompagné d’un deuxième disque de bonus comprenant tout le matériel qui sortit à l’époque, lors de la commercialisation de Souvlaki, à savoir : les tires présents dans les EP Outside your room et 5EP (les inédits Moussaka chaos, In mind, Good day sunshine, Missing you, Country rain, In mind bandulu/reload).

L’IDÉAL SOUVLAKI SPACE STATION (ALBUM SOUVLAKI - 1993)

L'ADDICTIF MELLON YELLOW (ALBUM SOUVLAKI - 1993)


L’AZURÉEN ALISON (ALBUM SOUVLAKI - 1993)


WHEN THE SUN HITS (ALBUM SOUVLAKI - 1993)


PYGMALION, 3ème ET DERNIER ALBUM (1995)
Désireux de se renouveler sans trop changer leur paradigme initial, Slowdive attend 1995 pour publier son ultime opus Pygmalion aux climats plus calmes mais toujours étranges (les magnifiques Ruti et Crazy for you) et dont le joyau central reste sans conteste la pièce Blue skied an’ clear longue de près de 7 minutes. On note toutefois une ambiance générale s’éloignant quelque peu des climats psychédéliques fougueux et saturés d’échos qui firent le succès des deux précédents albums. Ce changement est dû à la volonté de Neil Halstead de faire évoluer le groupe vers quelques chose de plus folk. Le chanteur et guitariste prit totalement les rênes de la formation, parvenant même à éclipser quelque peu Goswell. Cette prise en main ne fut pas du goût de tout le monde, à commencer par la maison de disque qui vit d’un mauvais œil le changement opéré par Halstead. Pygmalion reçu un accueil en-deçà de celui provoqué par Souvlaki. Les ventes furent stagnantes, alors que le contrat avec la maison de disque arrivait à son terme sans que les responsables de Creation aient le désir d’apporter une suite à leur collaboration avec le groupe. L’arrivée de percussions électroniques voulues par Halstead entraîna des désaccords musicaux entre les musiciens, zizanie qui fut à l’origine de la défection du batteur Simon Scott (bientôt remplacé par Ian McCutcheon). C’est en compagnie de ce dernier que Neil décida finalement de clore l’aventure Slowdive afin d’entamer celle de Mojave 3, délaissant hélas avec cette nouvelle formation tout ce qui faisait l’originalité du groupe précédent (son spatial ample et psychédélique, aux guitares saturées mais maîtrisées, voix magistralement oniriques), au profit d’une musique country spirituelle néanmoins assez banale. A noter que, comme les deux précédents opus, Pygmalion fit l’objet d’une magnifique remasterisation en 2010, accompagnée d’un CD bonus proposant des démos inédites.

BLUE SKIED AN' CLEAR (ALBUM PYGMALION - 1995)


SLOWDIVE (NEIL HALSTEAD, DEUXIÈME EN PARTANT DE LA GAUCHE)


Réécouter Slowdive de nos jours reste un plaisir sans cesse renouvelé, les morceaux enregistrés par la formation ayant gardé leur charme, leur son révolutionnaire, et leur pertinence malgré les années passées. Ils n’en finissent pas de déployer à chaque nouvelle écoute leur fascinante beauté et tout leur immense pouvoir d’évocation et de transcendance qui nous transportent dans une autre réalité flamboyante, une brume cotonneuse définitivement singulière. Êtes-vous prêts pour le voyage ? 


mercredi 24 décembre 2014

LE JOURNAL DE TINTIN N°530 SPÉCIAL NOËL DU 18 DÉCEMBRE 1958 + 4 VIDÉOS DE NOËL DE LA RTF ET DE L'ORTF DE 1962, 1963, 1965 ET 1970 (Les Trente Glorieuses - Segment 7).


JOYEUX RÉVEILLON DE NOËL 2014 !





Il suffit de se replonger dans l’histoire des deux plus célèbres hebdos BD de langue française en comparant les créations qui y virent le jour pour constater que celui à l’effigie de Tintin fut de tout temps bien plus riche en propositions originales et qualitatives que son concurrent le journal de Spirou. La figure incontournable de Tintin était un atout indéniable, lui apportant son prestige et une certaine légitimité en tant que leader de la presse BD (tous les albums de Tintin à partir de Tintin au pays de l'or noir en 1948 ont paru en exclusivité dans le journal). Et le parfait mélange entre humour et créations plus réalistes en faisait toute sa qualité. Si le journal de Spirou se permettait lui aussi de publier certaines séries au dessin réaliste, d’une importance mineure pour la plupart (Timour, Jerry Spring, Marc Dacier, Buck Danny) celles-ci faisaient quand même figures d’exception, le cœur du journal restant dans le registre de la fantaisie et du dessin « à gros nez » (Gaston Lagaffe, Les Tuniques bleues, etc.). 

EH ! LÀ, C'EST RÉVEILLON, MAIS
MOLLO SUR LE CHAMPAGNE !
Il faut se rappeler que c’est dans le journal de Tintin que naquirent des séries réalistes majeures telles que Jonathan, Jugurtha, Thorgal, Alix, Bernard Prince, Buddy Longway, Comanche, Rork, Simon du fleuve (et j’en passe). Pour autant, l’offre en humour restait haut-de-gamme (Modeste et Pompon, Achille Talon, Robin Dubois, Taka Takata, Cubitus, Chick Bill, Martin Milan). Lire une série aussi profonde que Jonathan dans les pages d’un hebdo pour la jeunesse comme le journal de Tintin en dit long sur le potentiel de richesse éditoriale qui était l’apanage de la revue et qui en faisait son succès. Pourtant c’est un fait : le journal de Tintin n’existe plus depuis le 29 novembre 1988 alors que le journal de Spirou vient de fêter le 10 décembre dernier son 4000e numéro (un record historique dans le secteur de la presse). Que s’est-il donc passé jadis qui explique que les lecteurs du journal de Tintin l’aient soudainement déserté, là où les fans du journal de Spirou surent rester fidèles à leur hebdo préféré ?

La raison ? Elle fait froid dans le dos, tellement elle apparaît absurde et arbitraire. Et les lecteurs n’y sont pour rien ! Le journal de Tintin n’a en effet jamais été victime d’un abandon progressif de son lectorat, ni d’une mauvaise gestion financière, encore moins d’un tarissement de sa qualité intrinsèque. Mais simplement victime d’une décision incroyable venant des ayant droits de l’œuvre d’Hergé ! En effet, les héritiers du génial artiste belge décidèrent en 1988 de reprendre le nom de Tintin aux éditions du Lombard (qui diffusaient le journal) afin de lancer leur propre titre, un magazine plus axé sur le rédactionnel. Ainsi, du jour au lendemain, la formidable aventure du journal de Tintin qui durait glorieusement depuis 42 années s’interrompit tristement, sans que l’équipe rédactionnelle qui construisait le journal depuis tout ce temps ne puisse rien y faire. Voilà comment on peut tuer, arbitrairement et sans scrupules, le meilleur hebdomadaire de bande dessinée de l’histoire, alors en pleine santé. En deux temps trois mouvements et dans l’absurdité la plus complète. 

Avec la franchise « Tintin » récupérée, les héritiers lancèrent en décembre 1988 leur nouvel hebdo nommé Tintin reporter, très mal conçu par une équipe d’amateurs, et qui ne dura que 6 mois (tout en générant des pertes de plus de 3 millions d’euros selon Hugues Dayes, journaliste à la rédaction du journal de Spirou). Fin de l’histoire du pitoyable magazine Tintin reporter. On l’aura compris : sans cette décision ubuesque et assez scandaleuse, il ne fait aucun doute que le journal de Tintin existerait toujours de nos jours, plus éclatant que jamais. Éternel concurrent du journal de Spirou. Depuis, les ayants droit ont encore fait pire en accordant les droits d’exploitation au requin Steven Spielberg (sans doute l’un des plus minables et consternants réalisateurs de toute l’histoire du cinéma), ce dernier ne se gênant alors pas pour profaner l’admirable œuvre d’Hergé avec ses insipides films d’animation. Heureusement, on peut toujours se retourner sur les albums de Tintin où l’excellence et l’état d’esprit resteront intacts pour toujours.

Pour fêter sur le blog ce réveillon 2014 j’ai souhaité revenir sur un numéro de Noël des Trente Glorieuses emblématique du journal. Avec le désir de mettre en valeur sa belle couverture signée Hergé, ainsi que quelques pages attendrissantes ou cocasses, dont une planche de Modeste et Pompon signée Franquin (excusez du peu !) ou encore Alix de Jacques Martin et Blake et Mortimer de E.P. Jacobs (via des scan en haute définition réalisés par mes soins d’après mon exemplaire personnel)

Comme l’année dernière, pour cette même thématique de Noël, j’ai mélangé mes scan à quelques courts documents INA qui nous feront revivre d’une manière ludique ou légère l’essence des Trente Glorieuses. Gageons que cette France d’avant qui renaîtra sous nos yeux par la magie de la chose filmée saura nous faire oublier pour quelques instants la tragique réalité de la France d’aujourd’hui.


16 PAGES DU JOURNAL DE TINTIN N°530 (NOËL 1958)
 + 4 VIDÉOS 1962-1963-1965-1970


MERVEILLEUSE COUVERTURE D'HERGÉ QUI SAISIT BIEN LÀ L'ESPRIT DE NOËL





UN MODESTE ET POMPON SIGNÉ FRANQUIN ! 

Emission de l'ORTF pour le réveillon de Noël de 1965. L'histoire des sept santons de Provence vue par un écrivain du Midi plein d'imagination. Avec Henri Tisot, très populaire à l'époque.


BLAKE ET MORTIMER DANS SOS MÉTÉORES






Emission sur la RTF (ancêtre de l'ORTF) pour Noël 1963 dans la série Les ateliers du Père Noël. Alors que l'industrie plastique est en plein essor dans les années 60, rencontre dans le Jura avec sans doute le dernier artisan qui fabrique ses jouets en bois dans la tradition de la Veillée de Noël. (RTF | 21/12/1963) 




ALIX DANS LA GRIFFE NOIRE PAR JACQUES MARTIN

Reportage de l'ORTF dans l'émission Vingt quatre heures sur la deux pour Noël 1970| (ORTF | 25/12/1970). Réveillon d'une famille française dans une ferme de la Brie. 


PREMIÈRE PUBLICATION DE TINTIN AU TIBET DANS LE JOURNAL DE TINTIN (EN 1958 !)

Petit reportage dans le journal de 13h le jour de Noël 1962 sur la RTF, ancêtre de l'ORTF, avec des enfants le matin découvrant leurs jouets. 



BONNES FÊTES DE FIN D’ANNÉE AUX LECTEURS DU BLOG ET À BIENTÔT EN JANVIER 2015 !


lundi 15 septembre 2014

« J’irai dormir chez vous » au Japon : Antoine de Maximy au pays du soleil levant...



Antoine de Maximy
Le projet du « Tintin cathodique » Antoine de Maximy est de visiter seul de nombreux pays, sans préparation initiale, et de débarquer dans des lieux qu'il ne connaît pas tout en filmant ses rencontres (superficielles ou plus profondes) grâce à de petites caméras lui laissant la liberté de mouvement car fixées sur ses vêtements. Le but ultime est de parvenir à se faire inviter chez l'habitant et même d'y dormir. Tout cela condensé en 52 minutes pour chaque épisode, montre en main ! Ce concept novateur a connu un grand succès d'audience sur France 5 et les DVD qui en furent tirés se vendirent comme des petits pains. J'ai une nette préférence pour celui-ci qui est consacré, pour sa première partie, aux péripéties de Maximy au Japon. Ce dernier explique dans les bonus qu'au moment de partir pour tourner au Maroc il apprit que la série allait peut-être s'arrêter faute de budget. Il décida donc à la dernière minute de changer sa destination qu'il croyait être la dernière pour s'envoler vers le Japon qu'il souhaitait absolument connaître. Et c'est avec cette manière franchement désinvolte qu'il débarqua à Tokyo dans l'improvisation la plus complète, avec seulement une chambre d'hôtel pour le soir (filet de sécurité en cas de rencontres infructueuses). Si les premiers moments furent difficiles notamment à cause de la langue il parvint petit à petit à s'adapter et à se faire comprendre des japonais rencontrés. Petite présentation de l’épisode par la production : « Antoine de Maximy parcourt la planète avec l’idée d’aller dormir chez l’habitant. Comme à son habitude, il porte sur lui plusieurs caméras qui filment ses rencontres en temps réel. Bien qu'il ne parle pas japonais et qu’il n’ait jamais mis les pieds au « pays du soleil levant », il débarque sans aucune préparation à Tokyo pour découvrir comment vivent les Japonais d'aujourd'hui. Bien évidemment, il compte éprouver l’hospitalité locale. Mais au Japon, il n’est pas d’usage d’accueillir ses amis chez soi, et encore moins les étrangers. La partie sera difficile. Très difficile. Il faudra beaucoup d’énergie et de diplomatie à Antoine pour entrer dans l’intimité de personnages aussi différents que le cuisinier d’un restaurant scolaire, un jeune surfeur décoloré gérant de karaoké et une famille qui tient une casse de voitures. Le Japon est également le pays de la technologie. Ici, il existe des toilettes hi-tec, bourrés d’électronique, de boutons et de réglages avec affichage à cristaux liquides. Le « trône du futur » ne laisse pas de marbre ! Le choc des cultures et la barrière des langues confrontées à la détermination optimiste d’Antoine de Maximy, provoque bien des situations cocasses. Mais c’est ainsi que l’on découvre un peuple étonnant, toujours prêt à rendre service. »


On peut d’ailleurs constater dans ce reportage l'extrême amabilité et l'accueil cordial dont font preuve les autochtones, attitudes qui brisent en miettes l'idée reçue selon laquelle le japonais serait peu liant et accueillant : quasiment toutes les personnes acceptent de loger pour une nuit le « squatteur » Maximy, ce qui est loin d'être toujours le cas dans les autres pays visités ! La rencontre avec Suguimoto, cuisinier dans un restaurant scolaire français est drôle, notamment lorsqu’il parle des coutumes d’hospitalité des japonais, mais aussi émouvante lorsqu’il évoque sa femme défunte. Pas banale non plus celle avec le surfeur gérant d’un karaoké. Mais le moment le plus désopilant reste la rencontre du voyageur cathodique avec les propriétaires d’une casse de voitures provinciale qui l’accueillent chaleureusement et lui proposent le gite et le couvert. Le saké et la bière nippone décrispent l’atmosphère et c’est la bonne humeur qui s’installe lors d’un repas mémorable (voir le petit extrait vidéo hilarant ci-dessous). 


Si on peut faire un petit reproche au routard espiègle, c'est de ne pas assez nous montrer les sites millénaires nippons, même si l'on comprend que le caractère improvisé et précipité du voyage a forcement limité son aspect touristique. Mais on ne peut que louer la délicieuse humanité d'Antoine de Maximy, son humour franchouillard autant que british, et sa grande capacité d'écoute qui rendent confiants la quasi-totalité des gens qu'il rencontre lors de ses pérégrinations. Qualités humaines qui ajoutent encore à la richesse d'un programme original et dépaysant (et, oserais-je dire, désaltérant) dont le globe-trotter Maximy est assurément la vedette mais quasiment au même titre que ceux qu'il croise et qu'il met naturellement en valeur. Ce DVD est à posséder, même pour ceux qui ont déjà vu le programme à la télé, car de sympathiques bonus les attendent, notamment des rushes coupés au montage et une scène de 10 minutes en multi angle

mardi 24 décembre 2013

LE JOURNAL DE SPIROU NOËL 1955, COUVERTURE SIGNÉE FRANQUIN + Réveillon de Noël 1968 en avion (Air France Orly) + Conseils pour le réveillon de Noël 1971 + Étrange fiction fantastico-onirique (ORTF) de 31 minutes pour le réveillon de Noël 1958 (Les Trente Glorieuses - Segment 6).



JOYEUX RÉVEILLON DE NOËL 2013 !






Le jeudi 22 décembre 1955 parait ce numéro du Journal de Spirou spécial Noël, avec un magnifique dessin de couverture signé Franquin, le papa de Gaston Lagaffe et du Spirou des années 50 et 60. C’est l’un des plus beaux dessins de son auteur et, à mes yeux, la plus belle couverture de Noël du Journal de Spirou, ex aequo avec celle du numéro de Noël 1953 (toujours signée de Franquin) et du numéro de Noël 1976 (signée Mittéï). Sur ce dessin qu’on peut qualifier sans exagération de chef-d’œuvre, on peut constater toute la science picturale de Franquin, sa propension à installer une ambiance pleine de vie au cœur d’une architecture citadine pittoresque d’une rigueur stylistique absolue, propre à son auteur. L’atmosphère bienheureuse d’un 24 décembre au cœur du centre-ville est fort bien rendue, alors que le réveillon de Noël est en cours, ou approche (il n’était pas rare, dans les années 50-60, que les familles chrétiennes jeûnent durant la journée puis commencent vers 20 heures le réveillon avec des amuse-gueules en attendant de se rendre à la messe de minuit. Puis, seulement après y avoir assisté, attaquent le repas principal. D’où la tradition des réveillons se terminant très tard dans la nuit, ou tôt le matin). Revenons au dessin. Certains personnages pressent le pas afin de ne pas arriver en retard au repas, là où d’autres flânent encore devant les vitrines illuminées des magasins. Les enfants quant à eux sont en admiration devant l’immense sapin décoré. Enfin, les plus croyants s’approchent de l’église pour suivre la messe de minuit qui va bientôt débuter. 


Parmi ces fervents on peut reconnaître Spirou et Fantasio accompagnés de leur fidèle Spip. Quant à ceux qui pressent le pas, on s’attardera sur le personnage barbu marchant à coté de la vitrine de la librairie « Les beaux livres », un carton à dessin sous le bras : c’est Yvan Delporte, rédacteur en chef durant les années 1956-1968 qui est ici parfaitement croqué. On appréciera aussi les fêtards près des deux pompes à essence (typiques des années 50), ainsi que le personnage solitaire assis sur le banc pas loin du couple d’amoureux qui semblent ne rien voir d’autre que leur bonheur. On admirera aussi les passants qui se saluent chapeau bas, le couple guindé qui consulte le menu du restaurant (avant sans doute d’entrer), et les trois voitures caractéristiques des « trente glorieuses » : la Renault 4CV luxe et la Citroën 2CV dans le centre-ville, la Simca Vedette Chambord en haut à l’extrême gauche, derrière les maisons en bordure du fleuve, là où un passant au chapeau près du réverbère semble bien seul.

En décryptant le dessin on peut ressentir tout le plaisir que Franquin a eu à l’élaborer. Il ne faut pas oublier que ce numéro de Spirou est resté une seule semaine en kiosque. Puis a été remplacé par le suivant. Le numéro n’a existé qu’une semaine et a disparu à jamais. Uniquement disponible maintenant dans d’obscures brocantes ou éventuellement sur des sites de ventes aux enchères. Rien à voir avec la destinée tranquille d’un album qui sera réédité régulièrement, de décennies en décennies. Tout ce travail perfectionniste de la part de Franquin pour une simple couverture de magazine éphémère ! Et pour une somme d’argent probablement dérisoire. De nos jours, de très nombreux dessinateurs de BD existent, avec un talent souvent renversant. Mais ils ne travaillent généralement pas pour des clopinettes, ils suivent des plans marketing chapeautés par leur maison d’édition afin de vendre au mieux leur album (et leur carrière). Quel artiste de notre époque pourrait avoir l’abnégation de Franquin en cette année 1955, prenant plaisir à réaliser pendant des heures (des jours ?) une couverture passagère avec un dessin aussi génial, aussi fouillé, aussi magique, tel un artisan peaufinant son ouvrage, juste pour le plaisir du geste ?

Veuillez trouver ci-dessous l’agrandissement de ce dessin unique, scanné par mes soins à partir de mon exemplaire personnel.



Magie du Journal de Spirou de l'âge d'or (hélas révolu aujourd'hui) ! Magie de Franquin ! 





« ÇA SE PASSAIT DANS LES « TRENTE GLORIEUSES... »
 (LA SUITE…)


RÉVEILLON DE NOËL 1968 EN AVION À AIR FRANCE ORLY.
Document : actualités ORTF. Réalisateur : Jean Michel Pontramier



On peut quand même voyager en avion ET réveillonner, non ? Vous l’avez rêvé, Air France l’a fait !



CONSEILS POUR LE RÉVEILLON DE NOËL 1971
Document : Normandie actualités ORTF. Journaliste : Aimé Maillol




La charmante madame Lacroix, monitrice d’enseignements ménagers (ça ne s’invente pas !), nous rappelle les joies simples d’une décoration à la bonne franquette, avec des produits fait maison (ou peu chers). Eh oui, en 1971, même si c’était déjà la société de consommation, l’on était encore loin du merchandising de notre époque consumériste actuelle. Et pas de Made in China ! La manière dont la table et la pièce sont décorées me rappelle mon enfance à cette période bénie, quand ma mère, ma grand-mère et ma tante organisaient les fêtes de Noël et du jour de l’An au cœur de la grande maison familiale, dans la joie d’une époque insouciante. 



LA DAME DE NOËL, FICTION FANTASTIQUE DE 31MN DANS SON INTÉGRALITÉ (RÉVEILLON DE NOËL 1958)
Scénariste Marcel Moussy. Réalisateur Marcel Bluwal  ORTF






En cette époque lointaine de la télévision française, l’ORTF savait encore être créative malgré des moyens techniques dérisoires. On était loin de la débauche d’argent actuelle concernant notre télé pleine de technologie, de cynisme, et de vide. Pour notre réveillon du 24 décembre 2013 le service public nous offre ce soir sur France 2 une soirée de bêtisiers… Houa ! Quel progrès ! Décidément, c’était mieux avant ! Pour la soirée de réveillon du 24 décembre 1958 l’ORTF innovait, en nous offrant ce conte étrange, La dame de Noël, situé dans les limites de temps exactes de sa diffusion. Tourné en extérieurs, notamment à Colombes, Neuilly-Plaisance et Bobigny, le film captive par sa nature insolite. On appréciera à volonté la "2 chevaux" omniprésente dans l'histoire, emblématique des Trente Glorieuses.



BON NOËL À TOUS !


mardi 1 octobre 2013

« La forêt oubliée » de Kohei Oguri : l'anti-cinéma formaté, l'anti-Hollywood (et aussi : l'anti-Bienvenue chez les ch'tites... caisses enregistreuses !).



Le cinquième opus du maître japonais Kohei Oguri fut présenté à la Quinzaine des réalisateurs lors du Festival de Cannes 2005, quinze années après son Grand Prix du Jury et Prix de la Critique internationale pour L'aiguillon de la mort, et vingt-quatre ans après sa première œuvre Doro no kawa. Ce fut donc un événement impliquant une succession d'hommages mérités que le cinéaste âgé de 60 ans apprécia à sa juste valeur.
KOHEI OGURI
Kohei Oguri a toujours essayé de lutter contre les conformismes du 7ème Art, et contre toutes les formules inventées par les marchands du Temple et destinées à transformer une expression artistique authentique en produit industrialisé et "code-barrisé". Il s'est beaucoup interrogé sur notre société marchande aliénée où les images sont omniprésentes, et sur la manière dont celles-ci sont utilisées par des décideurs sans éthique. Oguri veut réhabiliter l'image, en lui redonnant tout son pouvoir d'évocation et de fascination. Revenir au sens réel et profond de l'image, c'est revenir à sa racine principale, c'est-à-dire la peinture. La forêt oubliée (Umogeri pour son titre original japonais) est une véritable œuvre d'art en soi, un film d'auteur d'une très grande richesse picturale. Il n'est pas exagéré de dire que neuf plans du film sur dix sont assimilables à de véritables peintures ayant une existence propre et indépendante. Et l'on retrouve devant tant de beauté le plaisir originel de la contemplation, celui qu'avaient sans doute les premiers hommes en l'absence du langage. Ce résultat admirable est d'autant plus surprenant quand on sait que le long métrage a été tourné en caméra numérique, ce qui en règle générale ne donne pas forcement une finition et une netteté idéales pour le plan, les exemples ces dernières années furent d'ailleurs nombreux et vérifiables dans les salles de cinéma (mis à part l'excellent rendu des films d'animations). Ici, c'est la perfection visuelle qui triomphe, et même si l'on sait que le Japon a toujours été précurseur en matière de technologies électroniques et numériques, on reste tout de même bouche bée devant tant d'esthétisme sur grand écran. Le moindre baraquement filmé par Oguri devient subitement un paysage merveilleux, notamment grâce à sa science du cadrage et du traitement de la lumière. On aura compris que le scénario et les dialogues lumineux de La forêt oubliée sont ici tout à fait secondaires, l'enjeu pour Kohei Oguri est ailleurs.


Dans l'histoire qui nous est contée, plusieurs personnages se retrouvent en interaction dans une petite ville cernée de montagnes. Notamment trois adolescentes qui régulièrement s'amusent à imaginer des situations et individus cocasses propices aux rêveries. Ces rêveries prennent-elles parfois vie sur l'écran, à notre insu, ou est-ce la réalité qui nous est proposée ? Quelle est ici la part des fantasmes et du réel ? Et pour quelle finalité cette galerie d'individualités prenant corps sous nos yeux et peuplant la petite ville paisible ? Dans quel but, ces existences banales, plus ou moins écrasées sous le poids des réalités et du destin arbitraire, si ce n'est un jour de parvenir à rentrer dans cette forêt ensevelie il y a 3800 ans suite à l'éruption d'un volcan, et qui finalement ressort de terre pour permettre aux vivants d'y accéder et de se retrouver, casser la logique du temps qui se dérobe implacablement (après tout, le temps, peut-être, n'existe pas ?), casser la frontière qui sépare le monde des jeunes de celui des vieux ? Le rythme du film est lent, mais cette lenteur contemplative ne doit pas rebuter. Car elle est intrinsèquement liée aux cycles naturels de la vie et des saisons. Saine et audacieuse, elle constitue un véritable défi au cinéma lambda énervé et bruyant que nous subissons à longueur d'années, et plus généralement à l'idéologie dominante de nos sociétés modernes où tout doit être réalisé avec hâte et précipitation, où tout doit être vitesse et rentabilité. Et où finalement tout doit être en complète opposition avec l'immatérielle substance qui a permis l'éclosion de l'univers, de notre planète, et de notre appartenance à l'humanité.