samedi 10 mai 2014

Sortie du disque inédit de Magma ZUHN WOHL UNSAI - LIVE IN BREMEN 1974. Comment a-t-on pu vivre sans, tout ce temps ?



C’est toujours un plaisir, que dis-je, une joie intense de constater que des documents inédits de Magma en live sont encore susceptibles de nous être offerts au 21ème siècle, alors que l’on pensait pourtant tous les enregistrements alternatifs ou pirates définitivement connus. Il faut dire que Magma est l’un des groupes dont les bootlegs furent les plus nombreux, l’aspect culte du groupe entériné dès ses débuts alimentant ce phénomène. Christian Vander en fut d’ailleurs tellement conscient qu’il se décida dès la fin des années 80 à éditer officiellement dans sa propre maison de disque Seventh Records toutes ces bandes pirates afin que la totalité des fans de Magma puisse y accéder, et pas seulement une minorité de privilégiés adeptes du « marché noir » et de la vente sous le manteau. 

CHRISTIAN VANDER EN 1974
Dans le cas du disque qui nous enchante aujourd’hui il ne s’agit pas à proprement parler d’un enregistrement pirate effectué par un fan lors d’un de ces innombrables concerts. C’est un live enregistré à Brême le 6 février 1974 par la radio allemande du même nom. D’où une qualité sonore indéniable, bien supérieure à certains autres disques d’archives de Magma (même s’il n’atteint pas la perfection des enregistrements live officiels tels que les mythiques Retrospektïẁ 1, 2 et 3 de 1980 à l’Olympia ou encore le coffret de la trilogie Theusz Hamtaahk en 2001 au Trianon). Le CD est d’ailleurs édité dans un beau digipack par MIG/Radiobremen et Seventh Records n’a apparemment pas participé à son élaboration.

Cet inespéré document musical nous propose des versions explosives de SOWILOI, MEKANIK DESTRUKTIW KOMMANDOH, THEUSZ HAMTAAHK, ainsi qu’un gigantesque solo de batterie de 20 minutes KORUSZ II. Vander y est accompagné de Jannick Top à la basse, Michel Graillier et Gerald Bikialo aux claviers, Claude Olmos à la guitare et Klaus Blasquiz au chant. C’est intéressant d’entendre cette version de MDK jouée quelques mois après la sortie du disque studio car on peut déjà y déceler diverses modifications qui seront plus prégnantes encore au cours des années, la musique de Magma étant vivante et en perpétuel affinage. Les différences se font encore plus sentir sur ce Theusz Hamtaahk à l’interprétation puissante et sauvage mais non exempte de quelques confusions et approximations. A son écoute on ne peut s’empêcher d’avoir en tête la sublime version de référence du morceau interprétée en 1980 à l’Olympia (Retrospektïẁ 1 et 2). Korusz II nous rappelle qu’à cette époque Vander se pliait volontiers à la tradition du solo de batterie propre aux groupes des seventies. On constatera à son écoute à quel point ce solo saisissant se place au dessus de la mêlée des prétendants au titre de meilleur batteur dans un disque live (de Ian Paice à John Bonham en passant par ceux de Neil Part), notamment par son originalité et sa furieuse transcendance.   

CONTEXTE HISTORIQUE ET ARTISTIQUE  Nous sommes donc au début de l'année 1974, et c’est une période très riche artistiquement pour Magma. Mekanik destruktiw kommandoh, première pièce maîtresse du groupe, est sorti l’année d’avant, avec pour la première fois des voix féminines qui font leur intrusion dans la musique Zeuhl. En avril 1974, soit deux mois après le concert à Brême, sort l’épuré Wurdah itah dont la musique chorale hallucinante interprétée par Vander, sa compagne Stella, Klaus Blasquiz et Jannick Top servira de BO pour le film Tristan et Iseult d’Yvan Lagrange, et contrastera avec l’ambiance « orchestrale » de MKD tout en devenant l’un des enregistrements les plus impressionnants des kobaïens. Juste un mois après commencent les sessions d’enregistrement de Kohntarkosz, autre album culte qui sera peut-être le seul de la discographie à s’approcher le plus des codes du rock progressif d’alors, sa riche substance et sa structure particulière expédiant néanmoins le disque très au-delà de tout ce qui a pu se faire dans ce domaine. Malgré un réussite artistique indéniable l’œuvre sera moyennement bien accueillie par le grand public, déception annonciatrice d’un nouveau bouleversement dans la composition du combo avec notamment le départ temporaire du grand Jannick Top et l’arrivée des fameux Benoit Wideman et Bernard Paganotti (aux claviers et à la basse). Ce sera alors le début d’une succession de disques plus fragmentés, à l’inspiration renouvelée, qui procureront à l’auditeur érudit de nombreux autres moments d’extases musicales (l’attachant Udu wudu et son morceau d’anthologie de 17mn38 De Futura marquant le retour aux affaires de Jannick Top, et le percutant Attahk tout en démesure kobaïenne).

Pour illustrer mon article je n’ai pu trouver qu’un document filmé en lien indirect avec ce live ZUHN WOHL UNSAI, puisqu’il évoque cette tournée de Magma en Allemagne mais via un concert à Hambourg. Malheureusement c’est un extrait bien trop court, moins d’une minute. Mais l'on fait avec ce qu'on a.

MAGMA EN ALLEMAGNE (LIVE HAMBOURG - 1974)



Le live ZUHN WOHL UNSAI est proposé à la vente en double-CD digipack accompagné d’un livret de 12 pages. Il est disponible depuis le 28 avril dernier.



6 commentaires:

Anonyme a dit…

Beaucoup moins de publications sur ce blog qu'avant apparemment...

Il va bien le propriétaire du site ?

Christian Larcheron a dit…

Oui, il va bien, je vous remercie. Simplement j’ai dû investir beaucoup d’énergie dans d’autres domaines d’ordre personnel, ce qui a eu pour effet de moins publier ici (et d’accuser un petit coup de mou). C’est d’autant plus dommage que j’ai beaucoup de projets d’articles destinés à ce site, sur des films (j’en regarde énormément en blu-ray sur mon home-cinéma), des BD, des feuilletons période 1960-1975, de la musique…

Ainsi que les derniers onglets de la barre d’accueil à finir (des index, et aussi ma liste détaillée des « 20 films »)…

Petit à petit tout cela va se mettre en ordre de marche.

A bientôt, cher anonyme…

Anonyme a dit…

Ah oui, je comprends parfaitement, les priorités sont ailleurs...

J'ai moi-même un blog sur Google, je sais le temps que ça représente {surtout quand on est perfectionniste !}

Depuis un certain temps, je privilégie les photos au détriment du texte, ça laisse plus de temps pour le coup.

Bonne continuation.

Christian Larcheron a dit…

Les priorités sont ailleurs… pour le moment. Mais ce blog a souvent été une priorité, il le redeviendra bientôt.

Vous avez remarqué que mon travail est surtout constitué d’articles. Et qu’ils sont souvent touffus, longs, et très personnels. Or une écriture qui prend le soin de restituer du mieux possible la personnalité de son auteur (en l’occurrence, moi) cela demande du temps. Et beaucoup d’énergie. Mais c’est le prix à payer pour livrer une expérience individuelle qui, par la suite, peut éventuellement toucher les gens. Sinon, à quoi bon écrire ou publier un blog ? Sans cette authenticité, cela n’aurait aucun intérêt.

Un blog il faut avant tout le concevoir pour soi, être honnête avec soi-même, avant d’envisager que d’autres s’y intéressent.

D’où le travail harassant, encore et toujours. Et la nécessité de prendre son temps.

Anonyme a dit…

Je comprends votre point de vue, mais je reste sceptique quand au réel intérêt des visiteurs sur la toile en général !

Je vous laisse l'adresse de mon blog :

http://www.mon-espace-culturel.blogspot.fr

{vous étiez passé jadis !}

Christian Larcheron a dit…

J'en reviens à l'instant.

Oui, votre solution du blog photo est intéressante et esthétique, la haute définition que permet Internet de nos jours met parfaitement en valeur ces images.

Cela vaut le coup de creuser ce concept, d'autant que le choix des photos mises à la disposition des internautes est très vaste.

A mon avis, continuez dans cette voie.