samedi 14 décembre 2013

JACQUES-IMBERT GALLOIX, POÈTE (1808-1828)


JACQUES-IMBERT GALLOIX, POÈTE (1808-1828)


LA NUIT DE NOËL 
(fragment choisi)

II

L’air est glacé, mais la nuit est sereine,
Les astres clairs nagent en un ciel pur ;
J’entends gémir les eaux de la fontaine ;
Le firmament étale son azur.

L’airain battu, d’un coup triste et sonore,
Seul a troublé le repos de la nuit ;
Il est une heure et moi je veille encore ;
Je veille seul et le sommeil me fuit.

Oh ! que de fois le silence nocturne
Prêta son calme à mes songes divers !
Oh ! que de fois ma lampe taciturne
M’a vu rêver, lire, tracer des vers !

Nuit de Noël, derniers jours de l’année,
Oh ! que de jeux, de paix et de plaisirs
Vous rappelez à mon âme fanée !
Et tout a fui sous de nouveaux désirs.

Comme d’un rêve aussi doux que rapide,
Il m’en souvient de ce bonheur passé,
Bonheur d’enfance, imprévoyant, avide,
Que la raison a si vite effacé.

Il m’en souvient du sévère Chalande,
De son balai, de sa terrible voix,
De ses bombons, sa verte réprimande,
De mes terreurs et me» joies à la fois.

Il m’en souvient des amis de mon âge ;
Sur quels sentiers ont-ils porté leurs pas ?
Ah ! dans leurs cœurs ont-ils gardé l’image
De ces plaisirs qu’ils ne reverront pas ?

Il me souvient de ces cadeaux magiques
A mon réveil offerts dès le matin,
Et du foyer et des plombs fantastiques
Dont les contours présageaient le destin.

Me disaient-ils que je serais poète,
Victime, hélas ! des désirs de mon cœur,
Que le chagrin ferait courber ma tête,
Et que jamais je n’en serais vainqueur ?

Si j’avais pu sonder la destinée !
Si j’avais pu détourner l’avenir !
Mais quand l’aurore éveille la journée,
Sait-on jamais quel vent doit la finir ?

Oh ! que notre âme est un puissant mystère !
Chacun est seul à porter ses regrets ;
De nos tourments, les langues de la terre
Voudraient en vain révéler les secrets.

Mais pour charmer mon intime souffrance,
Mes vers plaintifs ont eu quelque pouvoir.
Doux souvenirs, rendez-moi mon enfance
Et ces beaux jours que je ne puis revoir !



LES RÊVES DU PASSÉ

Alors les fleurs croissaient dans la verte prairie ; 
Dans un ciel glorieux triomphait le soleil ; 
Des songes printaniers erraient dans mon sommeil.
Le ciel n'était pas froid, l'eau n'était pas tarie, 
Alors. - Mais aujourd'hui tout est morne et glacé ; 
Le cœur est desséché, la nature est flétrie... 
Où sont les rêves du passé ?

Soleil, tu nous rendras tes splendeurs matinales ; 
Astres, vaisseaux du ciel, vous voguerez encor. 
Jours d'azur de juillet, verts coteaux, moissons d'or, 
Horizon du Léman, vieux mont, Alpes natales, 
Je voudrais vous revoir, vous, mon ancien trésor !... 
Ô rives de mon lac, je croyais à la gloire ; 
D'avenir et d'espoir l'amour m'avait bercé. 
L'amour ! Je n'y crois plus ; mon cœur est délaissé. 
La gloire me dédaigne... Oublie, ô ma mémoire, 
Les tristes rêves du passé.




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