lundi 22 avril 2013

La saga Gantz au budget pharaonique de 4 milliards de yens tient ses promesses : entre deux moments de fantaisie ou d‘émotion, c’est une vision noire du monde des humains qui est dépeinte dans ce déluge de combats apocalyptiques.



Les deux films japonais de science-fiction Gantz-Au commencement et Gantz-Révolution posent d’emblée le problème récurent de l’adaptation d’un livre au cinéma (qu’il soit de nature littéraire, ou comme ici, de nature « à phylactères »). Si le but recherché est l’adaptation fidèle, avec le désir de retrouver toute la richesse d’un livre, l’entreprise est vouée à l’échec. De la version de Dune par David Lynch au Shining (ou 2001 l’odyssée de l’espace) de sieur Stanley Kubrick, les exemples sont légion dans l’histoire du 7ème art.  

Je pense ne pas dire d’âneries en affirmant qu’il n’existe pas une seule adaptation fidele d’un livre au cinéma, quelle que soit sa nature, ce qui ne veut pas dire pour autant que le film est forcement mauvais, bien au contraire. Il faut donc être conscient de cette réalité et en prendre son parti, chose que j’ai personnellement faite depuis longtemps. Accepter que l’adaptation d’un livre donnera au cinéma fatalement autre chose que ce que l’on avait ressenti en lisant l’ouvrage. Tout simplement parce qu’il est impossible de rendre à l’écran toute la subtilité et la richesse d’une histoire écrite, toute la complexité de la pensée et des sentiments humains.

Dans le cas d’un manga comme Gantz qui totalise 35 tomes à ce jour, on aura compris que l’entreprise d’élagage fut incontournable : en effet, comment retranscrire en cinémascope sur deux fois deux heures toutes les péripéties et les nombreux personnages de l’œuvre de base, même si dans le cas présent on pourrait penser que le cousinage entre ces deux arts d’expression narrativo-picturale pourrait faciliter la chose. On ne peut donc reprocher au réalisateur nippon Shinsuke Satō d’avoir taillé dans la bête avec l’humble espoir d’en tirer sa substantifique moelle (et quelques lignes directrices). Même si je peux comprendre le désarroi des fans du manga, ces derniers ne devraient pas perdre à l’esprit cette règle fondamentale qui s’applique depuis des décennies : au cinéma, une adaptation d’un livre donne presque toujours quelque chose d’une nature différente de celle de l’œuvre originale. Il faut en prendre acte, et même considérer cela comme une insolite chance : nous sommes sur le vecteur cinématographique, pourquoi ne pas élaborer autre chose que ce qui existe déjà sur un autre support ? Pourquoi pas ? Soyons fous !

Au risque d’étonner (quand on sait que deux de mes pôles d’intérêts sont le Japon et la bande dessinée) je dois dire que je ne suis pas du tout fan de manga. Que le genre m’intéresse fort peu. C’est un paradoxe mais c’est comme ça. Ce n’est pas par cet art très populaire que j’ai aimé le Japon, contrairement à beaucoup de jeunes occidentaux d’aujourd’hui. Et concernant le monde de la BD, je suis un indécrottable fidèle de l’école franco-belge : ma référence ultime en matière de BD restera toujours le Tintin d’Hergé plutôt qu’Akira ou Naruto. C’est dire que je suis arrivé aux deux films Gantz vierge de toutes idées préconçues, sachant juste que l’adaptation ciné avait édulcoré certains aspects de la BD d’origine, notamment le cynisme cruel de certains personnages principaux ou encore la dimension érotique de l’œuvre (en effet, les deux films, malgré quelques passages un peu gores, restent malgré tout « grand public »).

Quelques aspects érotiques du manga d’origine non exploités dans les deux adaptations ciné.



























PETIT RAPPEL BIOGRAPHIQUE À PROPOS  DU MANGA GANTZ   Cette saga-phénomène est la création du mangaka Hiroya Hoku, célèbre dessinateur japonais de 45 ans spécialisé dans la conception de BD transgressives évoquant certains thèmes parfois tabous dans la société japonaise (et ne faisant pas l’impasse sur les scènes osées ou violentes). En 2000 il commence la publication de Gantz qui le rendra rapidement célèbre dans son pays, puis dans le reste du monde, avec plus de dix millions d’exemplaires vendus (en France notamment, qui se chargera de sa diffusion via la société d’édition Tonkam). La publication de Gantz est réalisée dans l’hebdomadaire Young jump, le plus gros magazine de prépublication de manga du Japon, tirant à près de 900 000 exemplaires. Un anime (adaptation animée) de la série en est tiré en 2004 sous la forme de 26 épisodes, disponible en DVD. C’est en novembre 2009 que commencent les prises de vue de l’adaptation ciné qui est confiée au réalisateur Shinsuke Satō.


L’ADAPTATION CINÉMA  L’annonce officielle du projet crée l’évènement au pays du soleil levant, et pour cause : des millions de lecteurs attendaient avec impatience la version cinéma de leur manga favori. Ce n’est donc rien de moins qu’une super production qui est mise en chantier pour ces deux films, les dirigeants de Nippon television network corporation n’hésitant pas à sortir quatre milliards de yens pour l’occasion, l’équivalent de 22 000 000 de dollars. Ah, quand les japonais se lâchent, ils se lâchent ! Néanmoins il faut reconnaître que l’argent dépensé se retrouve dans l’esthétisme final des deux œuvres : les effets spéciaux sont particulièrement excellents et rivalisent sans peine avec ceux des meilleures productions occidentales. Et les décors sont spécialement soignés, notamment pour une séquence spectaculaire de l’opus Révolution où un quartier entier de l’ancien marché de Kobe fut entièrement reconstitué, et partiellement détruit dans le contexte de combats acharnés. La dure tâche de l’adaptation est confiée au scénariste Yūsuke Watanabe. Quant aux acteurs, ils sont recrutés soit dans le vivier des espoirs montants de l’art dramatique nippon ou du monde de la mode, soit dans le domaine exponentiel de la J-pop, option qui pourrait surprendre par chez nous, mais qui est fréquente au Japon, les pôles de compétences des pop-stars locaux (l’équivalent de nos mièvres et médiocres chanteurs de variétés) se partageant souvent entre le monde de la musique et celui de la comédie.

NINOMIYA KAZUNARI 
C’est le cas de Ninomiya Kazunari qui, après avoir fait une lucrative carrière dans quelques boys band consternants et aseptisés, se montre bien plus intéressant dans son travail d’acteur en héritant du rôle principal de l’histoire, le lycéen pervers et taciturne Kei Kurono du manga (devenu étudiant sage et très courageux dans l’adaptation ciné). Le deuxième rôle principal, le touchant Masuro Kato est attribué au comédien et svelte mannequin Ken'ichi Matsuyama dont le charisme évident crève l’écran. Il mesure d’ailleurs 1m80, taille peu commune dans son pays natal. La belle Yuriko Yoshitaka joue la réservée Tae Kojima, amoureuse transie de Kei. Le deuxième rôle féminin marquant, Kei Kishimoto, est interprété par le pétulant mannequin Natsuna Watanabe dont la parfaite plastique est mise en valeur d’une surprenante manière dans l’une des scènes géniales du long-métrage (la téléportation aux effets spéciaux très esthétiques). 

KEN'ICHI MATSUYAMA

NATSUNA WATANABE























LE THÈME DE DÉPART DU PREMIER FILM (AU COMMENCEMENT)  Gantz n’est pas le nom d’un personnage de l’histoire mais celui d’une étrange sphère noire lévitant dans un bureau d’affaire aseptisé en haut d’une tour perdue de Tokyo. C’est dans cet univers surprenant que des hommes et des femmes de différents âges sont régulièrement téléportés par cette sphère inquiétante. Celle-ci laisse entrevoir en son cœur, lorsqu’elle s’ouvre, un homme endormi dans la position du fœtus et doté d’un masque à oxygène sur le visage. Est-ce lui qui dirige tout cela ? On ne sait pas. 

Les personnes téléportées ont toutes un point commun : elles viennent juste de mourir. Ce sont donc des morts qui arrivent dans la pièce aseptisée (mais le sont-ils vraiment ? Ne sont-ils pas l’objet d’une expérience psychédélique ? Ou les cobayes d’un nouveau jeu de télé-réalité en vogue au Japon ? Le doute nous assaille en même temps que les protagonistes). Apparaissant dans ce monde parallèle (sorte de purgatoire ?) ils sont soumis aux désirs de Gantz, ceux-ci restant inchangés. En effet, l’entité leur confie toujours la même mission, à savoir : détruire en moins de 20 minutes un des dangereux extra-terrestres qui peuplent la Terre à l’insu des terriens. Gantz leur dépeint sommairement la créature à l’aide d’une fiche signalétique qui apparaît sur la sphère, puis les « morts revenus à la vie » n’ont que le temps d’enfiler leur combinaison et de se saisir de leurs armes futuristes avant d’être re-téléportés sur les lieux du combat à venir. 

Selon la bravoure et le succès de chacun des participants, ceux-ci sont gratifiés en fin de mission de points généreusement accordés par la sphère. Au bout de 100 points gagnés, l’heureux bénéficiaire peut choisir entre deux options : réintégrer sa vie d’avant (tous ses souvenirs liés à cette obscure aventure étant effacés) ou bien rester au service de Gantz mais permettre à un des combattants-camarades tombés au combat de ressusciter pour les rejoindre. 

YURIKO YOSHITAKA

KEI (EN PLEINE TÉLÉPORTATION)
On le voit, le thème de départ est très original, et permet aussi quelques digressions sur des thèmes philosophiques tels que : le bien et le mal, le libre arbitre, la solidarité du groupe et son étanchéité par rapport aux velléités parfois délétères et égoïstes de chaque individu. Plus intéressant encore, le rapprochement que semble parfois vouloir faire le scénariste entre ces combattants futuristes et les valeurs traditionnelles emblématiques et hors du commun des guerriers nippons (samouraïs ou militaires des dernières guerres) avant la « mise sous tutelle » abjecte de l’Empire USA. Ces guerriers d’anticipation assujettis aux désirs pervers de la sphère noire délaissent parfois leurs bazookas miniatures pour de sublimes katanas et semblent retrouver par moments l’abnégation du militaire et le désir de se sacrifier pour son compagnon d’arme. L’ombre du flamboyant nationaliste Yukio Mishima planerait-elle au dessus du mode obscur de Gantz ? Regardant les deux films en version originale (comme je le fais d’ailleurs toujours quelle que soit la nationalité du film) je m’attendais presque à entendre les nocifs extra-terrestres parler en américain (hem !). Au commencement et sa suite Révolution ne s’attardent pas pour autant sur ces passionnants thèmes (peut-être développés plus longuement dans le manga d’origine, je ne sais) et reviennent au pragmatisme en laissant le champ large à l’action (ou parfois même au burlesque). Le cinéaste Shinsuke Satō n’a ici rien à envier aux cinéastes américains dans sa capacité à faire naître sous nos yeux ébahis de spectaculaires scènes d’actions. En perfectionniste exigeant il sait être virtuose au moment où il faut, mais aussi installer de longues scènes intimistes qui creusent la psychologie des différents personnages, sans gêner pour autant le rythme initial du film (mais n’oublions pas que je suis un habitué et très fan de cinéma japonais, et de son rythme si particulier. Il est possible qu’un non-initié gavé de films américains ne soit pas aussi sensible à ce qui lui est proposé sur l’écran en terme de rythmes et d’équilibres scénaristiques). Certaines scènes de missions flirtent avec le gore sans jamais y tomber vraiment, et la fantaisie débridée, typiquement japonaise, est aussi présente : voir certaines missions du premier film Au commencement concernant l’extraterrestre « robot-coureur » Tanaka ou l’extraterrestre Poireau (hé bien oui, Poireau. Ça ne s’invente pas). Quel film occidental se permettrait de tels délires au sein d’une œuvre de science-fiction à si grand budget et au propos finalement assez pessimiste et profond, pour mieux revenir ensuite à la noirceur spectaculaire initiale de l’œuvre de base (dans un final ébouriffant mettant en scène un bouddha et une déesse Kannon fort peu catholiques - heu, je voulais dire, bouddhistes - au sein du majestueux musée national de Tokyo) ?

Dans la suite que constitue le second film Révolution, l’intrigue se fait bien plus complexe, la psychologie des personnages plus profonde. L’opus est définitivement sombre, traversé par des scènes d’action apocalyptiques (notamment des poursuites entre différents protagonistes avec des sauts de sept mètres assurés par les comédiens eux-mêmes) avec en final un gigantesque affrontement sans fin entre Masuro Kato et son double, moment de cinéma impressionnant faisant suite à la non-moins spectaculaire scène de combat démesurée entre les extraterrestres et les envoyés de Gantz dans le métro tokyoïte (durant presque 20 minutes !). 

Pour conclure, et être parfaitement objectif mais un tantinet chipoteur, peut-on tout au plus regretter un final au mélo assumé et légèrement redondant, convention qui ne vient en rien entacher l’aspect général d’un film dont la substance semble finalement plus riche qu’elle n’y paraissait au premier abord.      

EN RÉSUMÉ  Gantz-Au commencement et Gantz-Révolution constituent un cinéma de qualité divertissant et plutôt grand public, abordant des thèmes d’horreur et de science-fiction originaux associés à de longues séquences d’action qui n’ont rien à envier au cinéma occidental. Les effets spéciaux sont remarquables et très esthétiques (les spectateurs dubitatifs qui se désespèrent à l’avance en s’attendant à voir des effets kitch à la Godzilla seront - très agréablement - surpris). Les films sont à voir impérativement en édition Blu-ray (image haute définition et son DTS 5.1) afin d’en apprécier toutes leurs explosives qualités.

LA TECHNIQUE  Je n’ai pas vu les deux films en salle (puisqu’ils n’ont étrangement pas bénéficié d’une exploitation en France, décision incompréhensive voire scandaleuse). Je me suis donc retourné vers le coffret Blu-ray et l’ai savouré sur mon home cinéma (écran HD Samsung 3D avec diagonale 40 (101 cm), lecteur Blu-ray LG, ampli Yamaha 5 x 100 watts servant 5 enceintes JBL + caisson de basse JBL).

Le Blu-ray est de bonne facture (1080 24P) mais le choix du format par l’éditeur, incompréhensible, génère un premier agacement :  l’image du film, malgré ce qui est inscrit sur la jaquette, n’est pas proposée dans son format d’origine en 2.35 mais en 1.85. Elle occupe donc tout l’écran et l’on en perd sur les deux extrémités droite et gauche. Ce choix est complètement archaïque à l’ère des écrans grand format qui ne posent plus les problèmes de visionnages étriqués en 2.35 que nous connaissions jadis avec nos anciennes petites télés. Pourquoi donc charcuter ainsi le film et nous faire perdre la dimension réelle de l’image voulue à l’origine par le réalisateur ? Absurde et idiot… d’autant que le format 2.35 est bien respecté sur les deux bandes annonces. Ubuesque !

L'IMAGE  Passé ce premier problème, on pourra apprécier la bonne tenue générale de l’image : contrastes soignés, piqué et couleurs remarquables sont au rendez-vous. La photographie du film a été particulièrement léchée et la HD du Blu-ray lui rend hommage. Beaucoup de scènes se passant dans la pénombre sont sublimées par un rendu saisissant. Les noirs sont très profonds et renforcent l’aspect esthétique donné au film. 

LE SON  L’intérêt d’avoir accès au Blu-ray plutôt qu’à l’édition DVD réside notamment dans le « plus » sonore : souvent la piste DTS n’est proposée qu’en haute définition (et donc pas sur l’édition DVD). Ayant choisi le Blu-ray j’ai pu apprécier à sa juste valeur la piste DTS 5.1 (en version originale sous-titrée, of course) qui est une VÉRITABLE TUERIE ! Notamment dans toutes les nombreuses scènes d’actions et d’explosions du premier film Au commencement, mais aussi lors de la longue scène impressionnante du métro Tokyoïte dans le second film Révolution.




BANDE ANNONCE GANTZ-AU COMMENCEMENT

BANDE ANNONCE GANTZ-RÉVOLUTION


GANTZ-AU COMMENCEMENT / GANTZ-RÉVOLUTION
Réalisation : Shinsuke Satō
Avec Ninomiya Kazunari, Ken'ichi Matsuyama, Natsuna Watanabe, Kanata Hongō, Yuriko Yoshitaka, Taguchi Tomorowo 
Scénario : Yūsuke Watanabe, d'après l'œuvre de Hiroya Oku
Photographie : Taro Kawazu
Montage : Tsuyoshi Imai
Superviseur des effets spéciaux : Makoto Kamiya (Studios Digital Frontier, N Design, Marbling FineArts)
Musique : Kenji Kawai
Durée : 2h09mn (Au commencement) / 2h21mn (Révolution) 
Sortie en salles le 29 janvier 2011 au Japon
 Disponible en France en BLU-RAY depuis le 1 janvier 2012 (pour le premier film) et depuis le 1 février 2012 (pour le deuxième). Et en DVD depuis le 6 septembre 2011 (pour le premier film) et depuis le 1 février 2012 (pour le deuxième).



Aucun commentaire: