jeudi 14 mars 2013

La symphonie n° 6 en fa majeur, opus 68 de Beethoven : face au déferlement de neige actuel réchauffons-nous avec l’aérienne pastorale de ce bon vieux Ludwig. Dont la substance champêtre nous rappellera que sous ce blizzard très sibérien le printemps est attendu dans 6 jours !


LUDWIG VAN BEETHOVEN (1770-1827)
Oui je sais, je ne me suis pas foulé pour le titre, qui est une copie quasi-conforme de celui de mon article du 22 janvier dernier à propos de Claudio Monteverdi (voir ICI). Il faut dire que la situation était quasi-analogue ce jour-là : une déferlante de neige, et l’envie irrépressible de se réchauffer avec de la musique classique réconfortante (et devant un bon feu de cheminée si possible). 

Quasi-analogue, mais moins impressionnante qu’aujourd’hui car la neige cette fois revient en force, depuis 48 heures, et à un moment inattendu : quelques jours avant l’arrivée « officielle » du printemps, et suite à un long épisode ensoleillé quasi-estival évoquant la douceur d’un mois de juin ! 

La véritable tempête de neige qui s’est abattue depuis mardi sur toute la moitié nord de la France est donc parfaitement anormale à cette date, et semble confirmer le dérèglement climatique qui assaille notre vieille planète. Cet épisode climatique surprenant a causé de nombreux problèmes à des milliers d’habitants de l’hexagone, avec notamment une grave pagaille sur les routes et dans les gares, et des coupures de courant entraînant l’arrêt des chaudières. Beaucoup de gens se sont retrouvés bloqués, pris au piège dans leur voiture devenue inutile.

Je compatis avec tous les français qui ont galéré dans ces circonstances, m’étant moi-même retrouvé piégé il y a quelques années dans une situation identique, avec l’impossibilité de prendre un bus ou un train pour rentrer chez moi. Par chance, je suis actuellement « at home », bien au chaud, et admiratif devant ce spectacle immaculé (bah oui, la neige c’est beau lorsqu’on la contemple tranquillement derrière une vitre, et que l’on n’a pas à subir les contrariétés parfois énormes qu’elle peut déclencher). 

PETIT RAPPEL DU BAZAR AMBIANT SUR TOUT LE NORD DE LA FRANCE



Mon appareil photo japonais a été très sollicité, voici d’ailleurs ci-dessous quelques clichés parmi la centaine que j’ai prise, et une vidéo parmi la douzaine que j’ai filmée. Témoignages picturaux qui montrent, en comparaison avec ceux postés en janvier dernier, que la neige fut bien plus abondante. 


LE 12 VERS 18 HEURES, EN PLEIN DANS LA TEMPÊTE DE NEIGE






LE LENDEMAIN, 13 MARS, DANS LE CALME REVENU




Je conseille cette version récente de la 6ème,
 
signée par le grand chef estonien Paavo Järvi
BON, ALLEZ, BACK TO LUDWIG VAN BEETHOVEN !   Tout à fait prêt dans mon fauteuil douillet d’audiophile pour l’aérienne transcendance musicale, je songeais tout d’abord à mon compositeur préféré Frédéric Chopin. Je faillis me laisser tenter par une de ses prodigieuses Polonaises. Oui, ce genre d’envie-là. Quelque chose comme ça, de racé, de puissant. Qui fait pulser le sang dans les veines, le débarrasse de ses impuretés, le rend plus rouge, plus fluide. Et rend l’âme inaccessible à la médiocrité. Et puis mon désir vagabonda vers d’autres géants : pourquoi pas une délicatesse prodigieuse de Claude Debussy ? Ou un simple Trio avec piano du chaleureux Johannes Brahms ? Non, l’évidence bientôt fut de mise : quoi de mieux pour faire venir le printemps en ces temps anormalement enneigés que de jouer sur la platine la réjouissante Symphonie pastorale de Ludwig van Beethoven !

Admiratif depuis plusieurs décennies des œuvres de cet incontournable compositeur, je dois toutefois confesser que cet enthousiasme ne fut pas toujours de mise à l’origine, ayant fait certains blocages par rapport à son abondante production, le plus important d’entre eux étant celui concernant la 5ème symphonie, le jour où je l’entendis pour la première fois. Ces « Pom pom pom pom ! » intempestifs m’agaçaient, m’apparaissant peu subtils et surtout contre-productifs : aucune certitude (voire aucun espoir) d’y retrouver mes petits après cette injonction tonitruante. Ayant malgré tout persévéré dans cette œuvre qu’on ne peut tout de même pas réduire à cette simple intro, je dois constater qu’elle ne m’a jamais ni convaincu ni passionné, malgré quelques beaux passages.  

Dépité par cette première expérience vraiment décevante les choses ne s’arrangèrent pas lorsque, hardi, je décidais fièrement d’écouter une autre des symphonies best-sellers de grand-papa Ludwig : la 9ème et son célèbre final utilisé depuis par l’Union Européenne et le Conseil de l’Europe (signe funèbre et repoussant, pour peu que l’on soit suffisamment lucide sur ce qu’est réellement le projet européen : vaste enfumage destructeur des nations et entreprise d’engraissement maximale des requins financiers mondialistes). Bien sûr, la substance de la 9ème symphonie est dans son ensemble assez remarquable, mais je n’apprécie pas trop cet élan d’optimisme qui ne me parait pas être en phase avec la réalité de l’humanité. Et puis que dire de cet « ode à la joie » envahissant qui à mes oreilles me parait plutôt être une ode à « l’exaltation », terme plus juste mais nettement moins valorisant (il est en général mieux vu d’être un « joyeux » plutôt qu’un « exalté », ce dernier terme ayant pris de nos jours une connotation légèrement péjorative).

PREMIER MOUVEMENT DE LA PASTORALE  Mais la troisième tentative fut la bonne, avec ma découverte de cette pastorale dont le thème initial était de toute façon plutôt fait pour me plaire. Dès les premières mesures du premier mouvement au titre évocateur (Éveil d'impressions agréables en arrivant à la campagne - Erwachen heiterer Empfindungen bei der Ankunft auf dem Lande), je fus conquis sur-le-champ (visualisant virtuellement ces paysages printaniers dont le souvenir vivace est inscrit au plus profond de mon esprit). Sensation fabuleuse de ces quelques notes immaculées surgissant du silence en nous ensoleillant les sens. Un sentiment de plénitude et d’accomplissement nous gagne, qui grandit à mesure que la musique se fait plus ardente encore. Nous sommes comme attirés par un puissant aimant, que dis-je, littéralement aspirés, emportés par un grand vent inattendu contre lequel on ne peut que s’abandonner. C’est la fête profonde des sens, dans un climat de tranquillité pleinement ancré au cœur de la vie terrestre, minérale, végétale, animale. Beethoven compose ici des boucles harmoniques interdépendantes qui reviennent sans cesse, pour nous enchanter encore et encore, jusqu'à la fin de ce premier mouvement idéal. 

SECOND MOUVEMENT  Le second mouvement, d’une durée légèrement supérieure (mais ceci dépend des diverses interprétations, qui diffèrent selon les chefs d’orchestre), évoque le ressourcement bénéfique que ressent le marcheur ou le paysan au bord du ruisseau vivace, qui sans interruption s’écoule comme le sang s’écoule dans les veines. Une mélodie charmante revient en boucle durant toute la durée du morceau, et les notes de musique, imperturbables, creusent leur sillon, comme la rivière creuse son lit tout en cheminant. Mais ici ce n’est pas la puissance d’une rivière. Juste la candide présence du ruisseau printanier. Szene am Bach, Scène au bord du ruisseau… Oui, une scène champêtre, presque d’essence cinématographique.

TROISIÈME ET QUATRIÈME MOUVEMENTS   Le troisième mouvement, d’une durée assez courte, nous fait passer par un autre tableau, plein d’allégresse. Il est ici question d’une « joyeuse assemblée de paysans » dont les harmonies continuent de nous enchanter. Il est intéressant de constater le caractère noble qui émane de cette pièce musicale, qui nous indique à quel point Beethoven semble vouloir rendre hommage au travailleur agricole, et à la grande dignité de son existence parfois non reconnue par la classe aristocratique. Le quatrième mouvement s’enchaîne avec une étrange et courte rupture de ton légèrement menaçante qui dégénère bien vite en un réel bouleversement. Nous sommes alors en présence de l’une des pièces particulièrement emblématiques du compositeur : la fameuse évocation de l’orage et du tonnerre. Les motifs musicaux et l’intensité qui s’en dégage sont magistraux et parfaitement évocateurs du paysage de campagne soudainement malmené par une averse brève et implacable. Brève en effet, le compositeur ne s’attardant pas sur ce motif au-delà d’une poignée de minutes, avant de passer à l’accalmie que représente le cinquième mouvement.



CINQUIÈME MOUVEMENT  D’une durée égale à la première  cette cinquième partie évoque d’une angélique manière le retour du soleil faisant fuir les nuages chargés de pluie qui n’ont fait que passer, bouleversant momentanément le doux équilibre régnant sur l’étendue de verdure, d’eau et de terre. Chant pastoral. Sentiments joyeux et reconnaissants après l'orage - Hirtengesang. Frohe und dankbare Gefühle nach dem Sturm. Des mélodies exquises, pénétrantes, d’une nature proche de celles de deux premiers mouvements, viennent conclure cette touchante composition instrumentale emblématique de son auteur. Composition qui, lorsque je l’ai jadis découverte, m’a donné envie de persévérer dans ma compréhension de Beethoven, et d’aborder d’autres de ses œuvres.


AVEC TOUT ÇA, SI LA NEIGE NE FOND PAS, ET QUE LE PRINTEMPS N’ARRIVE PAS, JE BOUFFE MON ORDI. SANS SEL.   


LA « PASTORALE » DE BEETHOVEN (PAR PAAVO JÄRVI)



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