mardi 22 janvier 2013

Face au déferlement de neige actuel réchauffons-nous avec les madrigaux aériens de Claudio Monteverdi (les jubilatoires « Chiome d’oro », « Amor che deggio far », « Con che soavità », « Il ballo ») et le doux recueillement de Marin Marais (« Le badinage »).


CLAUDIO MONTEVERDI (1567-1643)
La belle œuvre abondante de l’italien Claudio Monteverdi est généralement cataloguée dans la musique baroque, et elle se partage entre l’Opéra (genre auquel le compositeur apporta ses premières lettres de noblesse via son drame lyrique L’Orphéo), la musique religieuse, et la musique profane (ses neuf livres de madrigaux). Ceux qui connaissent un peu mes goûts auront compris que ce n’est pas dans les deux premiers genres cités que j’ai pu trouver mon bonheur, étant particulièrement réfractaire à l’Opéra ainsi qu’à la musique liturgique imbibée de catholicisme. C’est donc grâce aux madrigaux profanes que j’ai pu apprécier toute la richesse de cette enivrante musique Montéverdienne. 

Le madrigal. Rien que ce mot « madrigal » en soi m’attirait, le trouvant doux à l’oreille, propice à la poésie, à la rêverie. J’ai vite assimilé ce genre à une sorte d’ancêtre savant de la chanson telle qu’on la connait de nos jours. Un oasis rafraîchissant dans l’univers parfois trop imposant de la musique classique.

J’ai toujours été plus attiré par les formats courts, épurés, allant droit à l’essentiel. Ce n’est pas pour rien que mon compositeur préféré reste Frédéric Chopin, lui qui écrivit surtout des pièces pour piano seul, après avoir tout de même livré à la postérité deux magnifiques concertos pour piano, quelques brèves œuvres orchestrales, et un peu de musique de chambre (dont deux pièces inspirées qui sont parmi les plus belles du répertoire : la Sonate pour violoncelle et le Trio pour piano). Or Chopin est emblématique de la période romantique. Pas vraiment de liens donc avec la musique baroque. Comment suis-je arrivé à Monteverdi alors que mon plaisir de mélomane trouvait plutôt sa source dans les musiciens du 19ème et début 20ème siècle ? Mes lectures de Répertoire, de Diapason, et du Monde de la musique (surtout la rubrique des critiques de disques) ont contribué à faire naître une curiosité et un désir. Aussi quelques œuvres entendues sur France Musique, la seule radio qui ait eu grâce à mes yeux et à mes oreilles (les autres étant juste insupportables). Mais c’est je crois la découverte du film Tous les matins du monde qui fut vraiment le déclencheur, dont la B.O. se composait des œuvres de Marin Marais, subtilement retranscrites et interprétées par le grand Jordi Savall, violiste et violoncelliste spécialiste de la musique médiévale. Alain Corneau, aidé de son scénariste Pascal Quignard, a bien cerné dans ce film l’essence si particulière de la musique baroque, qui nous renvoie à des sensations et des temps ancestraux, et à une certaine beauté de l’âme. Aux restes de l’Amour courtois. Tout en étant une profonde réflexion sur l’acte de création, sur le désir irrépressible de concevoir l’Art comme un cheminement difficile et ardu menant à l’ultime Vérité, véritable sacerdoce se moquant des contingences extérieures et des attentes de l’époque.

TOUS LES MATINS DU MONDE - UNE JEUNE FILLETTE (AUTEUR INCONNU)

Armé d’un appétit à toute épreuve, j’avais tôt-fait d’acheter la bible de la musique baroque (le Guide de la musique baroque par Julie Anne Sadie et Albert Dunning chez Fayard, plus de 700 pages quand même !) et je commençais à me ruiner en achats de disques 33 tours puis de CD baroques hors de prix (mais pas hors de mes envies). Après être passé par les incontournables Scarlatti et Vivaldi c’est finalement Monteverdi qui me troubla le plus, via cette vaste collection de madrigaux écrits tout au long de sa vie. Si certains considèrent le livre 8 comme le plus abouti de tous (ah ! ce somptueux Il ballo), c’est plutôt le 7 auquel je suis particulièrement attaché (avec notamment son magnifique Chiome d’oro qui m’a donné l’envie d'écrire cet article), tous deux ayant été écrits à Venise, la cité de tous les mystères et de tous les fantasmes.

VENISE L'INSAISISSABLE, ÉTERNELLE AMANTE


L’IDÉAL CHIOME D'ORO - LIVRE VII DES MADRIGAUX

AMOR CHE DEGGIO FAR (SUITE DU CHIOME D'ORO) - LIVRE VII

Claudio Monteverdi est né en 1567 dans le nord de l’Italie à Cremone, la ville natale de Stradivarius qui donna son nom aux célèbres violons d’excellence. Bénéficiant d’une solide éducation musicale, il s’attela dès l’âge de 20 ans à son premier livre de madrigaux polyphoniques. Bénéficiant d’un poste de maître de musique de chambre à la cour de Mantoue il aborda les différents genres à la mode évoqués plus haut : la musique liturgique et l’Opéra, créant l’immense pièce lyrique L’Orphéo qui le rendit célèbre, et le chef-d’œuvre biblique Les vêpres de la Vierge. A 46 ans, il se rend à Venise pour occuper le poste illustre de maître de chapelle à la basilique Sant-Marc. Il y compose d’autres œuvres religieuses, et poursuit l’écriture de ses madrigaux en élaborant les livres 6, 7 et 8 considérés comme les meilleurs de tous. Revenant à l’Opéra dans les dernières années de son parcours terrestre, Monteverdi meurt en 1643 dans la Cité des Doges après avoir marqué de son style la musique de son époque, et celle à venir.

CON CHE SOAVITA - LIVRE VII DES MADRIGAUX

LE SPLENDIDE IL BALLO - LIVRE VIII DES MADRIGAUX 

Pour ceux qui voudraient un bonne édition du livre 7 des madrigaux je conseillerais le coffret 3CD que j’écoute depuis de nombreuses années sans jamais m'en lasser, édité chez Naxos, cette excellente maison d’édition proposant à des prix réduits des enregistrements numériques originaux (DDD) souvent supérieurs en qualité technique et en richesse d’interprétation à ceux des autres maisons de disques plus anciennes aux prix prohibitifs !


En ce qui concerne l’intégrale des madrigaux, ça ne se bouscule pas au portillon (les maisons de disques préférant miser sur des compositeurs plus lucratifs tels Mozart, Beethoven, Mozart, Beethoven et éventuellement Mozart et Beethoven. Au risque d’encombrer les rayons des disquaires avec d’innombrables doublons). Il existe néanmoins une édition assez copieuse qui, sans être une intégrale, pourra satisfaire le mélomane gourmand (et économe, car elle est plutôt abordable financièrement parlant). L’interprétation est faite par la formation The consort of musicke dirigée par Anthony Rooley. Que des anglais, mais au service de la langue italienne dont ils restituent parfaitement le phrasé. Constitué de 7 disques, ce coffret regroupe les madrigaux des livres 1, 2, 3, 6 et 8. Manquent donc les livres 4, 5, 7 et 9. Quatre madrigaux du livre 7 sont malgré tout présents en complément du livre 1 sur le premier disque : Tempro la cetra, Hor l'humil plettro, Tirsi e clori, Ballo a 5: "Balliamo, che 'l gregge"Pour le prix d'un seul disque, vous vous retrouvez donc avec un coffret 7CD d'une haute qualité artistique.

Pour le violiste français Marin Marais (1656-1728), on ne peut ignorer les précieux enregistrements du grand spécialiste Jordi Savall. Se procurer la bande originale du film Tous les matins du monde permettra d’avoir une bonne entrée en matière de ce compositeur (la ritournelle Une jeune fillette proposée au début de cet article est tirée de ce bel album).
MARIN MARAIS PAR JORDI SAVALL




ET AVEC TOUT ÇA ? BAH Y CONTINUE À NEIGER !


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PHOTOS DE NEIGE © CHRISTIAN LARCHERON/UNE SECONDE, ET L’ÉTERNITÉ


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