mercredi 20 juin 2012

Premier jour de l’été. Avec Frédéric Chopin via Valentina Igoshina (Fantaisie-impromptu en do dièse mineur, opus posthume 66), et Victor Hugo, Théophile Gautier, Arthur Rimbaud.


VALENTINA IGOSHINA
Voilà. Nous sommes au premier jour du solstice d’été. Nous quittons temporairement le printemps à 23 heures et des poussières (cette saison que j’aime le plus avec l’automne), et nous en entamons une autre aussi excessive que l’hiver. Comme à chaque premier jour du nouvel équinoxe ou du nouveau solstice, mon blog s’est paré pour trois mois d’une nouvelle bannière aux couleurs de la saison qui commence.

Le monde des hommes va mal, très mal. Mais la nature, auguste, poursuit son cycle immuable. Rien ne l’arrêtera. Si les hommes étaient plus réceptifs à la nature et se reconnectaient à l’essentiel des choses, il iraient sûrement un peu mieux. Beaucoup mieux. 

Rien de tel pour commencer cette journée (et cette nouvelle saison) que de se laisser bercer par la singularité des vers de poètes d’exception, et par les notes divines d’un musicien immortel. Ci-dessous vous trouverez tout d’abord trois courts poèmes de Victor Hugo, de Théophile Gautier et d’Arthur Rimbaud. Puis, ce rayonnant Impromptu de mon compositeur préféré Frédéric Chopin, ce génie franco-polonais qui a légué à l’humanité une imposante œuvre dont la source de vie ne semble jamais se tarir, écoutes après écoutes. La pièce en question est interprétée par une jeune pianiste russe que j’apprécie profondément, dont j’écoute souvent les disques et le somptueux DVD Valentina Igoshina plays Chopin réalisé par le cinéaste anglais Tony Palmer. La vidéo que je vous propose ci-dessous est d'ailleurs tirée de ce programme passionnant où l’impétueuse slave rend hommage au compositeur durant cinquante-huit minutes intenses d'une beauté toute aérienne. Je reviendrai plus longuement sur cette interprète Valentina Igoshina dans une prochaine chronique. Mais pour l'heure, place aux vers, et aux notes de musique.


NUITS DE JUIN
(Les rayons et les ombres - Victor Hugo)

L’été, lorsque le jour a fui, de fleurs couverte
La plaine verse au loin un parfum enivrant ;
Les yeux fermés, l’oreille aux rumeurs entrouverte,
On ne dort qu’à demi d’un sommeil transparent.
Les astres sont plus purs, l’ombre paraît meilleure ;
Un vague demi-jour teint le dôme éternel ;
Et l’aube douce et pâle, en attendant son heure,
Semble toute la nuit errer au bas du ciel.


FARNIENTE
(Premières poésies - Théophile Gautier)

Quand je n’ai rien à faire, et qu’à peine un nuage
Dans les champs bleus du ciel, flocon de laine, nage,
J’aime à m’écouter vivre, et, libre de soucis,
Loin des chemins poudreux, à demeurer assis
Sur un moelleux tapis de fougère et de mousse,
Au bord des bois touffus où la chaleur s’émousse.
Là, pour tuer le temps, j’observe la fourmi
Qui, pensant au retour de l’hiver ennemi,
Pour son grenier dérobe un grain d’orge à la gerbe,
Le puceron qui grimpe et se pende au brin d’herbe,
La chenille traînant ses anneaux veloutés,
La limace baveuse aux sillons argentés,
Et le frais papillon qui de fleurs en fleurs vole.
Ensuite je regarde, amusement frivole,
La lumière brisant dans chacun de mes cils,
Palissade opposée à ses rayons subtils,
Les sept couleurs du prisme, ou le duvet qui flotte
En l’air, comme sur l’onde un vaisseau sans pilote ;
Et lorsque je suis las je me laisse endormir,
Au murmure de l’eau qu’un caillou fait gémir,
Ou j’écoute chanter près de moi la fauvette,
Et là-haut dans l’azur gazouiller l’alouette.


AUBE
(Illuminations - Arthur Rimbaud)

J’ai embrassé l’aube d’été.

Rien ne bougeait encore au front des palais. L’eau était morte. Les camps d’ombres ne quittaient pas la route du bois. J’ai marché, réveillant les haleines vives et tièdes, et les pierreries regardèrent, et les ailes se levèrent sans bruit.

La première entreprise fut, dans le sentier déjà empli de frais et blêmes éclats, une fleur qui me dit son nom.

Je ris au wasserfall blond qui s’échevela à travers les sapins : à la cime argentée je reconnus la déesse.

Alors je levai un à un les voiles. Dans l’allée, en agitant les bras. Par la plaine, où je l’ai dénoncée au coq. A la grand’ville elle fuyait parmi les clochers et les dômes, et courant comme un mendiant sur les quais de marbre, je la chassais.

En haut de la route, près d’un bois de lauriers, je l’ai entourée avec ses voiles amassés, et j’ai senti un peu son immense corps. L’aube et l’enfant tombèrent au bas du bois.

Au réveil il était midi.


FANTAISIE-IMPROMPTU EN DO DIÈSE MINEUR, OPUS POSTHUME 66


VOIR MA CHRONIQUE SUR LE PRÉCÉDENT PASSAGE D’ÉQUINOXE, L’ARRIVÉE DU PRINTEMPS ICI

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