jeudi 14 avril 2011

John and Jehn, espoir fabuleux pour le rock moderne français, reste quasiment absent des médias français. Évidemment.



Il semblerait que cela soit la condition sine qua non pour un groupe français quand il s’approche de l’excellence : être ignoré des lamentables médias marchands de notre pauvre pays (radios, télés, presse écrite, et tutti quanti) mais adoré en Angleterre, décidément le pays du rock et de la pop. On connait le grotesque phénomène, y’a des antécédents prestigieux : Dogs, Kas product, Marc Seberg, Magma (etc.). Une sorte de malédiction. Heureusement qu'existe maintenant internet, qui permet de compenser les manquements des médias en essayant de changer la donne. Hardi, donc !
John and Jehn forment un couple d’amoureux aussi charismatiques que les regrettés Kas product (dont la rupture sentimentale jadis coïncida avec l’arrêt du duo, pour notre plus grand malheur). Nicolas Congé (alias John) et Camille Berthomier (alias Jehn) sont, depuis six ans, eux-aussi sur la route de la création afin de concocter un rock coldwave très influencé par Joy division (excusez du peu !), et dans une moindre mesure par The Kill, New order, et The stranglers (à mes yeux les albums Aural sculpture et La folie). Les deux musiciens débutants se rencontrent il y a dix ans lors d’une fête chez des amis communs. Ils ont à cette époque chacun déjà fait leurs armes dans diverses petites formations mais Camille a aussi un passé de comédienne : une formation au cours d’art dramatique du conservatoire de Poitiers qui l'aida en 2005 à décrocher le rôle principal d’A travers la forêt, film fantasmagorique du cinéaste underground Jean-Paul Civeyrac pour lequel elle écrivit et interpréta plusieurs chansons (voir la critique de ce film ici). Elle y est éclatante et très sensuelle, n'ayant pas peur de se montrer nue, et fait preuve pour ce rôle difficile d'un grand talent d'actrice.

CAMILLE BERTHOMIER (ALIAS JEN) EN 2005 DANS LE FILM A TRAVERS LA FORÊT

TIME FOR THE DEVIL (2010)
Suite à leur coup de foudre détonant les deux tourtereaux se consacrent pendant plusieurs années à leur projet musical et sortent enfin un premier EP en 2005 (le bien nommé L’amour ne nous déchirera pas) au même moment que le film de Civeyrac. Puis, bénéficiant de l’hébergement d’une amie française exilée outre-manche, le couple s’installe à Londres en 2006. En 2008 sort The début album un premier opus foutraque assez mineur, apparemment réalisé dans la hâte, et dont le flamboyant titre 20L07 et son étonnant couplage de l’électronique et de l’harmonica (Jehn joue en effet de cet atypique instrument, plus souvent associé au blues qu’aux algorithmes de Kraftwerk) reste le seul vrai bonheur du disque. Les deux années suivantes vont cependant permettre au duo de se perfectionner, notamment sur scène, et d’abandonner petit à petit le son étriqué des premières chansons pour des arrangements bien plus mélodieux. Le fruit de ce travail donnera Time for the Devil. Une renaissance après le terne premier album. Un aboutissement. Entièrement maîtrisé, présenté dans un somptueu digipack, ce disque propose une succession de morceaux tour à tour sombres ou multicolores traversés par la voix touchante de Jehn, qui y fait merveille, et par le son pur et onctueux de la basse de John, qui donne le tempo tout au long d’un enregistrement éclatant au service d’un rock et d’une pop qu’on ne croyait plus possibles en France et qui font déjà un tabac dans les clubs underground anglais. De nombreux titres excitants apparaissent déjà comme des classiques tels And we run, Time for the Devil, Down our streets, Love is not enough et Shy, sans oublier les plus prévisibles mais néanmoins classieux Vampire, Prime time, et O’DeePour les concerts à venir, John and Jehn se sont adjoints les services d’un batteur et d’un guitariste, et c’est d’ailleurs cette formule que les spectateurs de l’émission de France 3 Ce soir ou jamais ont pu découvrir en direct à la télévision le 30 mars 2010, le duo interprétant le morceau And we run dans une version épurée, pour 4mn39 d’une courte cérémonie païenne totalement électrique et digne des Doors. Jehn  notamment y apparaît dans toute sa beauté hallucinée, concentrée sur son chant et son jeu de claviers, et embarquée par le son de basse surnaturel et glacial de son amant John. Quel son mes aïeux ! Malheureusement la vidéo qui fut disponible en haute définition sur le Net pendant plusieurs mois n'est plus en ligne actuellement. En attendant qu'elle soit à nouveau consultable je vous invite à voir ci-dessous l'excellent clip officiel de la chanson dans sa version studio. Ainsi que l'autre grand titre de l'album Time for the devil.

JOHN AND JEHN - AND WE RUN (2010)

JOHN AND JEHN - TIME FOR THE DEVIL (2010)

Actuellement, le duo continue sa progression en Angleterre, impressionne lors de ses concerts, mais reste trop peu visible et présent en France, ce pays étant comme toujours régulièrement à cotés de ses pompes en matière de rock, les médias se faisant un malin plaisir à louper les meilleures créations qui y naissent (comme rappelé plus haut) tout en portant au pinacle de parfaites horreurs formatées bien peu authentiques et talentueuses. Il serait bon pour une fois que l’on reconnaisse à temps le talent de ceux qui apportent quelque chose de différent au rock, comme John and Jehn.


JOHN AND JEHN - 20L07 (2008)


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