mercredi 16 février 2011

Les Beatles filmés par les frères Maysles en 1964 : archives indispensables pour tous les amateurs de documentaire non formaté...



Cette édition DVD livre à la postérité le mythique reportage des frères Maysles sur la première tournée des Beatles aux USA, celle qui leur a permis de percer définitivement sur le marché américain, à l'occasion de la sortie de leur deuxième disque With the Beatles bientôt suivi du troisième A hard day's night. Ce qu'il y a d'unique dans ce document de 81 minutes et 21 secondes c'est son caractère authentique et pas prémédité, une sorte de photographie prise sur le vif qui restitue le parfum d'une époque hélas révolue.

Féconds aléas de la vie... Il faut savoir qu'à l'origine personne n'était censé filmer ce périple des Beatles à New York. C'est en effet le 7 février 1964 suite à un coup de fil inopiné d'Angleterre émanant de Granada television qu'Albert Maysles se décide à se rendre en catastrophe à l'aéroport JFK de New York flanqué de son frère, documentaliste comme lui, pour filmer ce groupe qu'il ne connaît pourtant ni d'Eve ni d'Adam. Les Beatles, dans la cohue générale, acceptent sans problème d'accueillir les deux hommes afin qu'ils puissent faire leur reportage en toute liberté, caméra à l'épaule. Ce genre de choses serait parfaitement impossible de nos jours ! Les 4 garçons dans le vent sont donc filmés, en son direct, en train de faire les potaches dans leur chambre d'hôtel en attendant une conférence de presse surréaliste à Central park. Puis ils se rendent au show d'Ed Sullivan pour quatre titres (All my loving, Till there was you, She loves you, I want to hold your hand) dans l'hystérie générale du public présent ce soir-là. 

Ringo Star aime battre le fer
quand il est chaud...
Suit une séquence d'anthologie qui fleure bon l'ambiance insouciante du milieu des années 60 : voici les quatre musiciens en simples clients au club Peppermint lounge immergés au milieu d'anonymes danseuses en mini-jupe qui « twistent » comme des folles et bientôt rejointes par un Ringo Starr déchaîné. On voit clairement, durant la danse endiablée, que le batteur espiègle finit par avoir une touche avec l'une des danseuses surexcitées au sex-appeal éloquent. La créature se retrouve finalement quelques minutes plus tard assise sur les jambes du bienheureux aux anges... Une attitude qui contraste fortement avec celle du leader du groupe, John Lennon qui, totalement en retrait et étonnamment calme se demande manifestement ce qu'il fait là. C'est d'ailleurs touchant de voir ces quatre garçons à cette époque de leur vie, alors que leur carrière prend un tournant décisif, que leur popularité devient énorme, sans qu'ils en soient encore vraiment affectés. Ils sont déjà un peu les légendaires Beatles mais, quelque part, encore des jeunes adultes insouciants prêts à tout, et ignorants de leur destin fabuleux. Ceux qui les côtoient ou simplement les croisent dans ce film pouvaient-ils imaginer que ce quatuor encore débutant allait produire dans les mois à venir quelques unes des plus belles chansons de l'histoire du rock et de la pop ? Et nous, spectateurs d'aujourd'hui qui savons, on ne peut s’empêcher d'avoir le coeur serré en voyant le jeune John Lennon parfois très souriant mais souvent étrangement songeur, comme inquiet de l'avenir... Mais revenons à la chronologie du film. On retrouve donc le groupe, suite à cette soirée mouvementée, fin prêt pour sa prestation au concert du Coliseum à Washington où sur une scène centrale aux allures de ring de boxe et encerclés par le public ils joueront trois titres (I saw her standing there, I wanna be your man, She loves you). Durant le reste de leur séjour suivront deux autres prestations au Ed Sullivan show, l'une dans un hôtel luxueux de Miami pour trois morceaux (From me to you, This boy, All my loving) l'autre de retour à New York pour trois dernières chansons (Twist and shout, Please please me, I want to hold your hand). Le documentaire se clôt sur le départ du groupe et son arrivée triomphale à l’aéroport de Londres.


RINGO STAR DANSE ET DRAGUE AU CLUB PIPPERMINT LOUNGE


LES BEATLES CERNÉS PAR LES CAMERAS DU ED SULLIVAN SHOW


LES BEATLES AVEC ED SULLIVAN


Pour finir cette chronique il est utile de préciser que les audacieux frères Maysles n'avaient à l'origine pas l'autorisation de filmer les prestations des Beatles en concert, et n'ont donc pas pu les tourner, à part celle au Coliseum où ils parvinrent à s'infiltrer quasi clandestinement dans le public pour capter malgré tout les trois titres mais dans des conditions techniques aléatoires. Ce n'est que bien plus tard qu'Ed Sullivan leur permettra d'insérer dans leur documentaire l'intégrale des prestations des Beatles tirées de son émission télé avec un son et une image très corrects pour l'époque. Un deuxième documentaire de 51 minutes et 13 secondes est présent sur le DVD, monté à partir des chutes qui n'avaient pas été utilisées lors du montage initial en 1964. Une partie de ces images inédites apporte une autre perception de l'hystérie à priori unanime qui avait lieu chez les fans : on peut voir notamment deux jeunes filles particulièrement belles qui semblent affligées par le comportement de leurs congénères et répondent aux questions de Maysles d'une manière étonnamment moderne. Elles laissent transparaître une indifférence réelle pour le phénomène Beatles et affirment même qu'elles pourraient faire aussi bien qu'eux en se nommant les Beatle-ettes ! L'une d'elles pose même une ironique question à celui qui est en train de l'interviewer: « Quelle grande force est derrière vous ? » préfigurant sans nul doute les craintes dont feront preuve les générations suivantes à propos des médias manipulateurs à la Big brother générés par on ne sait quelles puissances obscures.


RIP 
JOHN LENNON (1940-1980)


Les Beatles glandent au Peppermint Lounge (Ringo Star danse et drague à tout-va...)



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