lundi 24 janvier 2011

Malgré les années qui passent, le rock electro-darkwave de Kas product n’en finit pas de nous distiller sa sève puissante et intacte via trois disques cultes incontournables.



Peu connu d'un grand public qui continue de penser que les groupes les plus intéressants ayant vu le jour en France dans les années 80 ont pour nom Téléphone et Trust, Kas product reste la fierté de ceux qui, étonnés, étaient persuadés qu'on ne pourrait jamais faire rimer rock avec talent dans notre beau pays. De groupe, Kas product ne l'est pas tant, plutôt un duo (voire un couple d'amants mais cela est une autre histoire) composé de la féline Mona Soyoc (d'origine argentine mais née dans le Connecticut) à la guitare et au chant, et du longiligne Spatsz, claviériste à la mèche rebelle et ancien infirmier psychiatrique.

TRY OUT (1982)
Tous les deux originaires de notre chère province française, comme d'autres non moins fameux (Marquis de Sade, Marc sebergDogs, Little Bob story), ils unirent leurs efforts dès 1980 afin de concocter une musique jamais entendue jusqu'alors dans le vieil hexagone, une sorte d'audacieuse formule chimique méga-explosive et jouissive composée d'un tiers d'agressivité speed, d'un tiers de glaciation darkwave, et d'un tiers d'audacieuses rythmiques electronico-jazz. Ce mélange détonant fut notamment testé avec succès en première partie du groupe Marquis de Sade. La démarche innovante portant ses beaux fruits, nos deux nancéens eurent l’opportunité de sortir l'excellent Try out en février 1982, bien aidés par un bouche à oreille monstrueux s'ajoutant à quelques papiers élogieux de deux ou trois critiques rock pas tout à fait incompétents (ça existe... en cherchant bien). Ce premier album, composé de onze titres novateurs à l'énergie dévastatrice, fut disponible et distribué en France, en Angleterre, en Allemagne et au Japon. Il débute avec le surprenant mais bancal One of the kind qui pose les bases de la musique du duo. Suivent ensuite quatre titres remarquables (Man of time, No shame, Countdown, et Never come back) qui impressionnent par leur énergie, leur cohérence et leur originalité. La face A se termine avec un titre explicite Underground movie aux climats très évocateurs. La face B démarre sur les chapeaux de roues avec l'énervé So young but so cold, l'un des meilleurs morceaux de l'album (voir la vidéo ci-dessous). Puis, de Digging in a hole à Sober en passant par Breakloose et le licencieux Pussy X, force est de constater que la fin du disque tient toutes ses promesses.


             Le speed SO YOUNG BUT SO COLD (TRY OUT, 1982)            


BY PASS (1983)
Des critiques encourageantes, quelques concerts internationaux, et des ventes aériennes ouvrirent le chemin à un deuxième album en 1983, le percutant By pass qui apparaîtra plus sophistiqué et doté d'une meilleure production que le premier, mais jalonné de titres inégaux. L’irréel Loony-bin démarrant l’album émerge du lot en séduisant l’auditeur dès les premières notes avec sa mélodie imparable et sa construction hors pair qui en font l’un des grands titres de l’histoire de la pop et du rock. Puis se succèdent les titres Seldom often, Smooth down et Mingled and tangled qui semblent délaisser la quête de la mélodie pour se concentrer sur des climats de plus en plus complexes où les rythmes implacables gardent toute leur force d’évocation. Et du mélancolique Tina town, qui conclut la première face, aux cinq derniers morceaux de l’album (dont le (quasi)hit Tnt et le génial Devil felow qu’on pourrait se passer en boucle pendant des heures), ce deuxième opus convaincra l'auditeur que Kas product est décidément une formation hors du commun, à soutenir si l'on aime l'originalité et l'audace, et constituée de deux musiciens faisant figure d’extra-terrestres. Mona Soyoc dira plus tard : « Je pense que dans les années 80, on venait du futur, voilà l’explication. J’ai le point de vue d’une étrangère qu’on a catapultée dans un environnement très particulier. A Nancy j’ai vécu un énorme choc culturel : c’est très froid, et les gens ont un manque de curiosité. On y trouve les traces de la Seconde Guerre mondiale, à la fois morales et physiques : des impacts de balle sur des maisons abandonnées, mais aussi une tendance chez les jeunes générations à parler de boches pour les Allemands ! Quant à Spatsz : On a été téléportés par hasard à Nancy ! A l’époque des deux premiers albums, Nancy c’était la grisaille de la Lorraine industrielle ». (Source interview Gonzai.com).

L'inoubliable chanson LOONY-BIN tirée de l'album BY PASS (1983)


EGO EYE (1987)
Leur troisième opus Ego eye sort en 1987 après deux années en stand-by pour cause d'absence de label. C'est à l'évidence le temps de la maturité pour le duo qui signe là un disque apaisé lorgnant vers d'autres horizons sans renier les fondamentaux des débuts. Truffé de compositions inspirées, sa dimension pop désarçonnera certains journalistes rock de l'époque. La face A débute avec une mélodie entraînante diffusant une mélancolie discrète qui n’interdit pas à Mona Soyoc de rester énergique dans son chant (Fever lust). À sa suite, So bad s'annonce comme l’une des chansons les plus surprenantes du duo, avec des parties chantées par Spatsz, ce qui reste exceptionnel dans l’histoire de Kas product. Un titre assez chaleureux ayant un cousinage certain avec la pop-new wave lambda qu’on pouvait entendre régulièrement dans les années 80. Suit le provocateur Peep freak qui reste pour moi l’un des deux plus faibles de l’album. L'harmonieux Gift of the gods s’impose ensuite, où l’on retrouve un chant presque jazzy témoignant des premières amours musicales de Mona. Street haunt nous replonge dans une ambiance très « années 80 » avec des rythmes primesautiers particulièrement jouissifs nous faisant oublier les deux petites minutes suivantes de l’anodin Above qui termine bien timidement la première face du 33 tours. La seconde commence énergiquement avec l’une des meilleures chansons de l’album, l’épique See for yourself, engageante intro pour les deux autres suivantes, les attachantes Razz et Clown. Avant qu’arrive le véritable hit de Ego eye et avant-dernier morceau, l’incontournable Nothing in the way, idéale carte de visite du duo pour cette année 1987 qui semblait promettre de beaux lendemains pour les électriques nancéens (voir les vidéos ci-dessous). Le disque se termine en feu d’artifice rockabilly-cold avec l’excitant Until then qui en aura fait pogoter plus d’un en concert. On le voit, en abandonnant quelque peu l'agressivité des deux premiers albums pour gagner en subtilité Ego eye reste de premier choix. Mais il passera hélas relativement inaperçu dans le contexte musical incertain de l’époque, mal défendu par un label démissionnaire qui ne misera par un kopeck pour sa promotion. A la suite de cette réussite artistique (et échec commercial) le duo marqua le pas, manifestement dans l'expectative quant à l'évolution à prendre pour leur musique si novatrice. Bientôt les ventes chutèrent et le couple, désorienté, entama une pause fatale qui entraînera la séparation en 1988.

Depuis 20 ans on reparle assez régulièrement des hypothétiques retrouvailles de Kas product pour un nouvel album qui hélas jamais ne vient. D'autant qu'on ne peut s'empêcher de penser à la profession de foi proclamée par la belle Mona Soyoc dans le cinquième morceau du premier album : « Never come back » ! 

Pourtant le duo revint contre toute attente en juillet 2005 pour jouer ses anciens morceaux sur une belle scène invité par les organisateurs des Eurockéennes de Belfort. Le public chaud comme la braise lui réserva un accueil triomphal et pu constater que la chanteuse et le claviériste n'avaient bizarrement pas subi l'outrage des ans, interprétant leur musique comme à la grande époque de leurs débuts, avec la maturité en plus. L'alchimie étant retrouvée lors de ce festival, l'on pouvait donc penser que Kas product allait nous sortir dans la foulée une suite à Ego eye... En janvier 2011 ce n'est toujours pas fait. Mais l'espoir fait vivre.


La chanson FEVER LUST (album EGO EYE, 1987)


La chanson NOTHING IN THE WAY (album EGO EYE, 1987)

Dans LES ENFANTS DU ROCK en 1987 (1/2)

Dans LES ENFANTS DU ROCK en 1987 (2/2)




Pour se consoler un peu on peut toujours se contenter de l'album posthume Black et noir qui propose quelques singles rares, et des inédits (Crash, Mezzo, Electric, et Party). 




A noter qu'un livre sur le duo est sorti (au Camion blanc) par Pierre Gillieth/Bertrand Larmagelle : So young but so cold, que je n'ai personnellement pas encore lu mais dont on m'a dit le plus grand bien.



MONA SOYOC (quelques années après la fin du duo)


 Interview puis deux chansons live (NOTHING IN THE WAY à 5mn16) 


15 commentaires:

Anonyme a dit…

excellent groupe. passionnant même. je les avait découvert dans une salle minuscule à paris. juste avant leur 1er album. ils ont été découvert par Gérard N Guyen, le mentor du fanzine "atem". dans un genre différent, marc seberg me bottait bien aussi.
a+

alain

Christian Larcheron a dit…

Bah là tu me scies ! T'as fait partie des gens qui ont découvert le groupe sur scène avant le 1er album, t'as vraiment de la chance d'avoir connu ça, j'aurais bien aimé être à ta place ! Espérons qu'ils sortent un jour un nouveau disque (comme je dis dans la chronique "l'espoir fait vivre"). Marc Seberg aurait aussi mérité une carrière plus longue, et un plus grand succès... Mais on est en France, pas vrai ?
A+.

Anonyme a dit…

en fait je les ai découvert par hasard. le label de n'guyen organisait un "festival" avec les groupes de son "écurie" il y avait aussi le groupe dick tracy, qui a connu une petite notoriété avec la B.O. d'un film de wim wenders. d'ailleurs kas product a sorti son 1er 45 tour sur le label "les disques du soleil et de l'acier" un truc comme ça, avant d'être signé par RCA.
a+
alain

Christian Larcheron a dit…

Par hasard ou pas, tu étais là, et c'est l'essentiel. Petit veinard, va !

Anonyme a dit…

sur le deblocnot, j'ai fait la chronique d'un groupe corse: "rialzu" ce genre de musique devrait te plaire. on peut même trouver le disque à la fnac des halles, rayon jazz, à côté des disques de magma. ça vaut vraiment le coup.
bon we
alain

Christian Larcheron a dit…

Vais voir ça de ce pas. Bon we itou. A+.

Francis a dit…

Kas Product sera en concert le 23 septembre 2011 au TOTEM à Maxéville (banlieue de Nancy).

Christian Larcheron a dit…

Merci pour votre passage et pour l'info Francis, info que je vais mettre en valeur sur ce blog sans attendre. Espérons que le groupe fasse d'autres concerts et en profite pour rééditer leur discographie et sortir un nouvel album.

Anonyme a dit…

un avis sur le concert de 2011 ?

Christian Larcheron a dit…

Hélas je n'ai pas pu y assister. Mais j'invite volontiers ici-même les personnes qui en furent, à venir nous livrer leurs impressions... que j'espère positives...

didiegodelavega a dit…

Merci bcp de m'remettre KaS Product on my mind! Je n'ai pas vu le groupe avant la sortie du 1er disque mais étant de la génération 80 et vivant à l'époque ds la ville de Nancy, j'ai bien connu Mona & Spatsz et vu de nombreuses de leurs prestations, improvisées ou non...par ex., au Téméraire (les connaisseurs se souviendront!) qui était un peu leur QG (comme à tous les groupes du moment)...C'est vrai qu'N'Guyen était le mentor n°1 avec les disques du soleil & de l'acier; Dick Tracy (BO de W.Wenders), Double Nelson, mais aussi les groupes comme Maalox ou Zenith (qui s'en souvient?)...Je n'ai pas été au concert annoncé ici (je ne traîne plus à Nancy town^^)car pas au parfum, mais j'aurais vraiment kiffé d'y être afin de me replonger dans les limbes de ma jeunesse nancéenne, revoir la Soyoc et retomber raide dingue, serrer la mimine du Spatsz et lui remémorer quelques souvenirs communs dont les voyages Nancy-Paris engoncé dans le wagon-bar du tortillard du vendredi, 14h, avec son éternel sac en cuir élimé type docteur de western, se faisant tjrs dragué par une minette gominée & hérissée style NW toute mouillée de lui parler! Quand je reécoute leurs morceaux, je me dis que c'était vraiment excellent et qu'ils auraient sincèrement mérités bcp mieux, qu'ils auraient dû avoir bcp plus de notoriété vu la qualité de leur zik (qui n'a pas trop vieillie finalement!)...Comme toi, j'aimerais énormément qu'ils nous pondent un nouvel opus, aidés des nouvelles technologies actuelles....Viva KaS Product! et vive les eighties, "mes" années, les plus belles et intenses, avec la musique que l'on redécouvre maintenant après avoir craché dessus pdt des plombes alors qu'elles étaient (et sont) bien meilleures et intéressantes que bcp d'autres décennies! (n'est-ce pas Laurence Bockolini!??!)...et c'étaient également les dernières où on a pu s'amuser,être insouciant et vivre à donf,sans penser au futur si négatif & aux positifs sans capotes...ah voui, que de (bons!!!) souvenirs!!!

Christian Larcheron a dit…

Didiegodelavega, tes souvenirs sont précieux, et vraiment bienvenus. Merci de nous les avoir fait partager. C'est vrai qu'on en vient à regretter ces années quand on voit l'époque actuelle. Dans les eighties, la musique qui tournait autour de la coldwave, du gothique et du post-punk était vraiment originale. Il se passait quelque chose d'intense. Heureusement qu'il nous reste les disques, témoignages pour l'éternité.

Anonyme a dit…

Kas Product sera de retour sur scène avec une date au Brise-Glace d'Annecy en compagnie de Rosa Crvx le samedi 24 novembre !

Anonyme a dit…

Vu à Nancy hier soir 16/10/2013, concert exceptionnel.

Croisés sur un terrain vague en 85 lors du tournage d'un clip.

Christian Larcheron a dit…

Veinard !

Il semblerait que les dates de concert du groupe se succèdent avec un rythme plus soutenu. Peut-être les prémices d'une vraie réformation, avec passages en studio pour le nouvel album tant attendu ?

Ça serait énorme !