vendredi 1 octobre 2010

« Too much class for the neighbourhood » des Dogs : une explosion de vie inattendue, une classe d'enfer, et le chant du cygne pour le rock français.



Ce disque, 28 ans après sa sortie, reste la confirmation que la France aurait pu être un grand pays de rock si des musiciens inspirés et charismatiques à l'image du leader des Dogs avaient été plus nombreux. Originaire de Rouen, Dominique Laboubée fonde le groupe en 1973 mais doit attendre 1979 et 1980 pour pouvoir enfin sortir ses deux premiers albums percutants Different et Walking shadows qui furent de véritables révélations inespérées pour tous les français qui s'ennuyaient en écoutant Johnny Hallyday broyer du noir avec Noir c'est noir.

Cela reste incompréhensible, rétrospectivement, que les Dogs ne furent pas à l'époque désignés officiellement « meilleur groupe de rock français » et que ce poste fut réservé à Téléphone ou Trust, formations indéniablement fédératrices et avec de réelles qualités mais ne possédant pas le charisme, la fougue, la qualité de composition et la foi indéfectible du quatuor Rouennais. Le Dandy Laboubée a toujours désiré chanter en anglais, et ce malgré un accent plus qu’approximatif (mais d’autant plus attendrissant), chose qui ne fut pas toujours très bien perçue dans l'hexagone.  Pourtant, le poids de ses influences, des Kinks aux Flamin’ Groovies, l'incitait tout naturellement à le faire.  Le bien nommé Too much class for the neighbourhood (Bien trop classe pour le voisinage) propose sous une sublime pochette quinze chansons magistrales, excitantes et belles déclarations d'amour au rock dans ce qu'il a de plus vivifiant. Elles sont toutes indispensables mais les plus grandes restent à mes yeux Shakin' with Linda et son affriolant hommage aux fifties et sixties, le poétique Wanderin' robin aux faux airs de rockabilly et tendu du début à la fin comme la puissante corde d'un Yumi (arc japonais pour la pratique du Kyūdō), les accords précieux et harmonieux de l'hommage à peine déguisé aux Byrds Home is where I want to be, et les deux magnifiques titres, faisant d'ailleurs probablement partie du Top 20 des plus grandes chansons mondiales du rock, à savoir l'émouvant Hesitation qui glisse, limpide, comme une eau de source sur une roche millénaire, et la pierre philosophale The most forgotten french boy que je continue depuis près de trois décennies à me repasser régulièrement les soirs de doute, et qui reste une sublime illustration de l'idéal rock.

Dominique Laboubée (chant, guitare) au centre, Michel Gross (batterie) à gauche,
et Hugues Urvoy de Portzamparc (basse)

Après ce coup de maître les Dogs continuèrent à s'affirmer comme une institution en enregistrant en Angleterre Legendary lovers, extrêmement bien produit mais peut-être un peu moins crucial, et qui remporta un gros succès en 1983 (en partie grâce à l’obsédant titre Be my lover facile à écouter en boucles sans risquer la moindre lassitude). Les années suivantes, le groupe remanié par son leader continua à sortir des opus plus confidentiels tout en se produisant régulièrement sur les scènes d'Europe, mais aussi au Japon.

DOGS - Be my lover


En 1998 sort le très tonique 4 of a kind volume 1 à la pochette digipack de toute beauté proposant de tonitruants morceaux tels Dreadful times et I'm bad (ou encore Back on the horse que je vous propose en fin de chronique en version live lors de l’excellente prestation du groupe sur la chaîne de télé France 2). Le volume 2 de 4 of a kind est disponible l'année suivante et reste d'un très haut niveau (on y oubliera pas l'émouvant constat de Laboubée sur les 5mn05 de The story of the Dogs). Ce come-back inespéré semblait présager de belles années futures pour le groupe après cinq ans de silence. Malheureusement le 9 octobre 2002, Dominique Laboubée fut pris d'un malaise en plein concert à New York et mourut quelques jours plus tard d’un cancer à l'âge de 45 ans. 


Depuis juillet 2007 la place de la rue Massacre à Rouen a été officiellement rebaptisée « Place Dominique Laboubée, auteur-compositeur, 1957-2002 ». Too much class for the neighbourhood reste à mes yeux le testament du rock français. Je n'ai plus jamais ressenti une telle qualité et un tel don de soi dans d'autres formations de l'hexagone. L'époque n'est de toute façon plus la même. On est hélas maintenant rentré dans celle du recyclage. Et du rabâchage.





DOGS - Dreadful times


L'énergie et le talent des Dogs en Live (Back on the horse sur France 2)

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